Archives de catégorie : La Silicon Valley et l’Europe

Innovation en France

Je viens de lire un excellent rapport sur l’innovation et les régions françaises. L’innovation, inutile de le rappeler trop, est un sujet complexe. La profondeur de l’analyse des auteurs, Thierry Madiès et Jean-Claude Prager, de Innovation et compétitivité des régions est remarquable. Pourtant le sujet est loin d’être facile à analyser, mais l’impression qu’il laisse est forte. On y trouvera toujours à redire, je ferai quelques remarques plus loin mais je le trouve vraiment très bien fait.

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Du côté de la synthèse en profondeur, j’ai beaucoup aimé leur panorama sur les théories fondatrices des politiques régionales :

1. Base d’exportation

Cette approche, une des plus anciennes des théories de la croissance régionale, est une transposition territoriale des modèles de croissance post-keynésiens. Les activités d’exportation sont l’élément principal de la dynamique économique régionale alors que la croissance des branches productrices des biens et services pour le marché local dépend de la croissance du secteur d’exportation. Le développement de la région est conditionné par la demande externe dont l’effet multiplicateur est lié à la propension marginale à consommer localement ; la compétitivité de la région dépend principalement de l’accumulation des ressources et l’investissement dans les secteurs de la base, en fonction de leurs résultats et de mesures politiques incitatives à la localisation d’entreprises de ces secteurs.

2. Croissance endogène

La théorie de la croissance endogène spatiale est le paradigme dominant de la croissance régionale et des agglomérations urbaines. Le modèle « Marshall- Arrow-Romer » met l’accent sur le rôle primordial dans le progrès technique de l’accumulation des ressources humaines et leur niveau de qualification, l’importance de la R&D, en ajoutant la dimension territoriale des externalités et des rendements croissants (Glaeser et alii, 1992 et Audrestsch, 1998). Le rôle des politiques publiques est donc de développer le niveau de formation de la population, de renforcer les interactions entre les entreprises et les producteurs de connaissances, et de jouer sur la concentration des activités.

3. Théorie néo-schumpétérienne

L’accent est mis sur l’innovation comme moteur de la croissance dans un monde où la concurrence entre les entreprises se fait principalement par l’innovation (Baumol, 2002). Le « milieu innovant » est décisif pour la réduction des risques et le développement des réseaux de connaissance (Camagni, 1991 et Aydalot, 1985) car l’entrepreneur dépend de son milieu, qui lui offre un cadre favorable ou non à son succès. Les agglomérations urbaines développées sont plus propices que les autres régions car elles contiennent des ressources et un réseau dense d’infrastructures variées qui permettent de mieux faire face aux nombreuses incertitudes de l’entreprise en création ou en développement (Scott, 2004). Les recommandations politiques portent sur l’utilité d’un agent coordonnateur pour l’animation du milieu et encourager l’esprit d’entreprise tout en favorisant la concurrence, considérée comme le moteur principal de l’innovation.

4. « Théorie » des clusters

L’approche clusters (Porter, 1990) est devenue un élément incontournable des doctrines de développement régional, d’autant plus populaire que sa définition est incertaine et sa base, aussi bien théorique qu’empirique, fragile (Enright, 2002, Martin et Sunley, 2002 et Maskell et Kebir, 2005). C’est une reprise de l’analyse de la base économique fondée non pas sur les secteurs d’activité mais sur les grappes d’entreprises appartenant à la même chaîne de valeur. L’environnement microéconomique des clusters détermine leur compétitivité. Le « diamant » de Porter comprend quatre dimensions principales : les inputs de l’innovation, le contexte local de la concurrence, la nature de la demande locale, et l’intensité des réseaux entre les entreprises du cluster. C’est le « mix » de clusters qui fait la compétitivité d’une région. La « théorie » considère que le développement et le déclin des clusters obéit à un processus biologique et est plutôt réservée sur l’intervention directe des pouvoirs publics dans le développement des clusters. L’influence politique de cette approche a cependant été considérable.

5. Théorie institutionnaliste

Dans la mesure où l’activité économique est considérée comme d’abord « enchâssée » dans la vie sociale, le capital social d’une région, c’est-à-dire l’ensemble des comportements, formes et institutions publiques et privées (Putnam, 1993), représente un élément central de l’environnement des entreprises et de leur compétitivité (Amin, 1999 et Casey, 2004). Les études empiriques sur le lien entre le capital social et la croissance économique ne sont cependant pas concluantes, notamment pour distinguer un effet régional spécifique différent des données nationales (Casey, 2004 et Beugelsdijk et van Schaik, 2005). L’évolution de la région est conditionnée par un phénomène de « path dependency ». Les politiques de développement doivent s’adresser à la base institutionnelle sous ses formes les plus diverses (associations d’entreprises, organisations politiques locales…) pour contribuer à la richesse des réseaux sociaux et à leur flexibilité ; l’implication de ces réseaux dans la gouvernance collective est une dimension majeure de cette capacité institutionnelle et de l’inclusion sociale qui permettent la mobilisation la plus large des ressources de la région et devient ainsi, en tant que telle, un objectif central des politiques économiques.

6. Théorie évolutionniste

La doctrine évolutionniste considère que la compétitivité des régions dépend de leur capacité à renouveler leur base économique face au processus de destruction créatrice (Boschma, 2004). Les facteurs précis de la meilleure capacité d’adaptation de certaines régions à de nouveaux paradigmes technicoéconomiques restent cependant un sujet de débats ; les régions tendent à développer des institutions et des comportements collectifs routiniers, à se spécialiser dans des secteurs d’activité qui les enferment dans des rigidités et risquent de verrouiller le système d’innovation. Le rôle des politiques publiques est plus large que celui de la simple correction des défaillances de marché ; il est de guider les agents économiques pour faire face à des changements dans la structure du marché, grâce au pouvoir de l’État de peser sur la coordination des anticipations des agents face aux changements structurels, même si sa capacité d’agir directement sur l’évolution des systèmes économiques est réduite et si son information n’est pas supérieure à celle des agents privés (Moreau, 2004). Les politiques doivent renforcer en permanence la capacité d’adaptation, réduire les rigidités des systèmes régionaux d’innovation, encourager la formation permanente de nouveaux réseaux de connaissance ouverts sur l’extérieur, tout en s’appuyant sur leurs forces les plus marquées tout en facilitant les secteurs émergents qui correspondent le mieux à leurs potentialités. Il s’agit donc d’accepter un certain degré d’incertitude dans des choix stratégiques qui passent par la caractérisation de signaux faibles.

7. Théorie culturelle

Le rôle de la dimension culturelle dans le développement des régions a été bien mis en lumière dans l’analyse comparée du développement de la Silicon Valley et de la région de Boston (Saxenian, 1994). C’est l’ouverture culturelle de la région californienne qui lui assuré sa prééminence mondiale dans les nouvelles technologies malgré les atouts économiques meilleurs au cours des années soixante-dix de Boston. La diversité culturelle, l’ouverture des régions sur l’extérieur et leur capacité à développer une « classe créative » sont donc un moteur majeur du développement des grandes villes et des régions et contribuent à en faire des « aimants » des talents et de la technologie (Florida, 2002).


Est-il nécessaire de dire à quel point je suis sensible à cette septième théorie, mais aussi à leur citation de Schumpeter « L’innovation passe par les entrepreneurs ».

Et que dire de leur analyse de la Silicon Valley :

Les facteurs de succès du modèle de régulation par le marché de la Silicon Valley

Les facteurs de succès sont les suivants :

• un environnement favorable à l’entrepreneuriat ;

• un niveau exceptionnel de chercheurs (150 000 dans la région) ;

• une main d’œuvre de haut niveau et fortement flexible ;

• un attracteur des talents à l’échelle mondiale ;

• une méritocratie tournée vers les résultats ;

• une culture du risque et de l’échec ;

• des universités orientées vers l’industrie ;

• une qualité de vie exceptionnelle ;

• des réseaux de contacts nombreux et nourris ;

• une forte infrastructure de services et d’organismes financiers. Mais également des crédits de recherche publics de 3 % du PIB régional, à la fois raison et conséquence de ce dynamisme unique au monde.

 

La belle synthèse qu’un des auteurs fait dans un autre rapport qui décrit la Silicon Valley est passionnante (et brève !). Les auteurs sont très nuancés sur les indicateurs de l’innovation, ils montrent bien aussi la difficulté à imiter cette Silicon Valley tant elle semble ne pas avoir été planifiée.

Si j’ai une réserve à faire c’est de n’avoir pas trouvé assez les mots de passion et folie. Mais nous sommes là dans le quantitatif. Mon récent post sur le livre de Lee Smolin n’est pas étranger à la problématique. Les auteurs mentionnent eux aussi d’ailleurs la difficulté à trop séparer recherche fondamentale et recherche appliquée (page 44). Ce qui est étonnant avec la Silicon Valley est qu’à la limite, l’innovation peut venir d’ailleurs dans le sens où Netscape est issue de Mosaic, créé dans l’Etat d’Illinois (tout comme le web au Cern près de Genève).  Comment analyser le qualitatif hors de l’anecdote comme le fait Smolin pour la recherche ou le livre Founders at Work pour les start-up ? Robert Noyce, fondateur d’Intel ne disait pas autre chose : « “Look around who the heroes are. They aren’t lawyers, nor are they even so much the financiers. They’re the guys who start companies »

Ce rapport me rappelle aussi Victa que j’avais il y a quelque temps brièvement décrit. Nous faisons de gros efforts pour innover, mais au bon endroit ? Je crois que le capital humain est critique comme l’indique les auteurs. Mais comment le développer est loin d’être simple tant la prise de risque, l’acceptation de l’incertitude et la tolérance de l’échec sont nécessaires. Or il faut aussi contrôler, surtout l’argent public. Or un échec peut être plus riche d’enseignements qu’un succès… Quand les auteurs par exemple proposent de « concentrer sur les grandes priorités », je ne suis pas sur que l’internet pouvait être vu comme une grande priorité entre 1990 et 1993-94. Incertitude à nouveau.

PS : mon post en anglais fait allusion à un autre rapport, What is the right strategy for more innovation in Europe?, lui aussi très intéressant…

Win, Win, Win

J’ai pris connaissance hier du 2008 Academic Ranking of World Universities réalisé par le Institute of Higher Education, Shanghai Jiao Tong University (IHE-SJTU). A nouveau les USA ont la part du lion: 8 dans le top 10 et 17 dans le top 20. Seuls le Royaume Uni (Cambridge et Oxford) et le Japon (Tokyo) entrent dans la liste. Le classement est beaucoup plus détaillé puisque qu’il donne le classement des 500 premières.

Lorsque j’ai publié “Start-Up”, j’avais eu une brève conversation avec Christophe Alix, journaliste à Libération, qui m’avait indiqué que je n’insistais pas assez sur le budget considérable dont le pentagone disposait pour la recherche et l’innovation. I Je n’avais rien à redire à l’argument et ma lecture récente d’un livre va en effet dans ce sens:

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“Creating the Cold War University- The Transformation of Stanford” de Rebecca S. Lowen est un livre intéressant. Il explique comment Stanford est devenue riche dans les années 50 et 60 grâce à l’argent public et aux contrats militaires et industriels. Frederick Terman, souvent considéré comme le père de la Silicon Valley, qualifia la situation de “Win-Win-Win”. Le gouvernement finançait la recherche fondamentale et appliquée (la différence entre les deux étant bien souvent floue) pour soutenir les efforts militaires durant la guerre froide, les industriels développaient des produits à partir des résultats de ces recherches (et n’avait pas toujours à payer cette recherche), et des sociétés telles que H-P, Varian, GE en bénéficièrent grandement. Enfin Stanford devint riche et excellente (ce qu’elle n’était pas dans les années 30).

Lowen explique que “by 1960, the federal government was spending close to $1B for academic research and university-affiliated research centers, 79 percent of which went to just twenty universities, including Stanford, Berkeley, Caltech, MIT, Harvard and the University of Michigan” (page147). Dans le classement de Shanghai, Harvard est #1, Stanford #2, Berkeley #3, MIT #5, Caltech #6 et Michigan #18 seulement…

Clairement l’argent aide. J’avais tout de même réagi à l’argument de Alix car l’argent des militaires ne peut pas expliquer à lui seul l’esprit entrepreneurial qui s’est développé à Boston ou dans la Silicon Valley. Caltech et son JPL n’ont jamais eu la même activité de spin-off. Mais la qualité des universités et leur richesse reste un des ingrédients clés des clusters technologiques. 

Europe et Silicon Valley

Le sujet est sans aucn doute d’actualité. Deux lettres ouvertes récentes abordent le sujet. L’une émane du Science-Business Innovation Board, l’autre a été co-signée par des français et publiée par Le Monde. Le texte anglais est disponible sur la version anglaise de mon blog, le texte français est sur le site du monde et en voici copie.

Ce qui est intéressant est qu’il s’agisse dans chaque cas de lettres ouvertes co-signées par des personnalités reconnues.

Un Google français n’est pas qu’une utopie

Après avoir déclaré qu’il ne serait pas le ministre de la « castration de l’Internet », Eric Besson (secrétaire d’Etat chargé de la prospective, de l’évaluation des politiques publiques et de l’économie numérique) ajoute qu’il aimerait que sa mission contribue à faire en sorte que le prochain Google soit français. Voilà un slogan qui a le mérite d’être simple, mais qui ne doit pas faire sourire.

Car la France a de très nombreux atouts. Le contexte français du haut débit constitue notamment un terrain très favorable. Grâce à une politique stimulant la concurrence, les offres d’accès haut débit en France figurent parmi les moins chères et les plus innovantes au monde. Ce terreau favorable a commencé à porter ses fruits, et quelques jeunes pousses nationales montrent le bout de leur nez sur la scène européenne et mondiale de l’Internet.

Notre première recommandation serait justement de maintenir le modèle ouvert qui a fait le succès de l’Internet et permis à un foisonnement de sites, de nouveaux services, d’applications innovantes, de contenus, d’avoir accès d’emblée à 1,3 milliard d’internautes. Certains opérateurs de télécommunications sont tentés de prendre le contrôle de cet espace ouvert. Un comportement surprenant d’ailleurs, au regard de ce que leur apporte directement le développement des acteurs du Web, ne serait-ce qu’en termes de revenus publicitaires et de débouchés sur des activités nouvelles de création et de diffusion de contenus. Un Internet non « neutre » introduirait surtout un péage à l’entrée à la rigueur soutenable pour des acteurs de l’Internet déjà établis, mais difficile à franchir pour les jeunes pousses.

Car le vrai sujet consiste à regarder comment l’économie française peut donner naissance non seulement à un champion mondial de l’Internet, mais aussi et finalement surtout à de nombreuses entreprises florissantes dans ce domaine. Pour paraphraser notre titre, n’oublions pas, au bout du compte, qu’un Google ne vient jamais seul !

C’est là un objectif que l’on se gardera donc de rapprocher du préhistorique plan calcul, dont les résultats furent si peu probants… En fait, notre principal message aux pouvoirs publics serait, paradoxalement, d’en faire… le moins possible ! Laissez agir les entrepreneurs, ils sauront évoluer, se regrouper, changer leur fusil d’épaule. Ils n’ont pas besoin de subventions. Par contre, osez défendre l’avenir contre le passé et non l’inverse ! L’économie numérique bouscule, parfois fortement, les secteurs plus traditionnels. C’est une bonne chose ! N’ayons pas peur des changements, prenons-les à bras le corps, cherchons à en être à l’avant-garde, le bilan sera, au final, largement positif. Il y a trois ans, Jean-Pierre Jouyet, l’actuel secrétaire d’Etat aux affaires européennes, et Maurice Lévy, le président de Publicis, publiaient un rapport qui a marqué les esprits. A la page 11, ils écrivaient : « Dans de nombreux domaines confrontés à un changement technologique, nous nous demandons comment protéger l’existant, alors qu’il faudrait d’abord chercher à tirer au mieux parti du changement. «  Il n’y a pas une virgule à modifier. Rien que du bon sens.

Ce sera donc notre autre message phare : l’économie numérique est davantage « génitrice » d’opportunités que de risques. Profitons-en ! Ces messages ont leur versant juridique. Savez-vous que la France est le pays du monde où les entreprises de l’Internet doivent faire face au plus grand nombre de procédures juridiques ? Quelle que soit la validité des procédures, elles nous semblent surtout révélatrices de peurs, d’appréhensions face au changement, de réflexes de crispation. Encore ne s’agit-il que des tribunaux, mais quand les élus de la nation se mettent en tête de revoir la loi pour la rendre encore plus protectrice des situations du passé, il est certain que l’innovation n’en sortira pas gagnante, et encore moins l’économie française. Il faut un environnement juridique qui, sans pour autant laisser faire n’importe quoi, laisse une marge à l’innovation.

Dernier point, cerise sur le gâteau : les taxes. Dans ce domaine, nous le savons, la créativité peut être grande. Peut-on la limiter ? Imagine-t-on aujourd’hui taxer les Vélib’ pour financer la hausse du prix du gazole ? C’est pourtant à cette situation absurde que font penser les projets récurrents de taxation de l’Internet pour contrebalancer les résistances au changement et à la migration vers le numérique de tel ou tel secteur. Par exemple, taxer l’Internet pour financer la télévision. Le prochain Google peut-il être français ? Chiche ! Rendez-vous dans dix ans.

Catherine Barba, fondatrice et présidente de Malinea (Cashstore.fr) ;

François Bourdoncle, fondateur d’Exalead ;

Mats Carduner, directeur général de Google France et Europe du Sud ;

Pierre Kosciusko-Morizet, PDG de Price Minister et président de l’Association des sites Internet communautaires ;

Laurent Kott, directeur général d’Inria-Transfert ;

Cédric Manara, professeur associé à l’Edhec Business School ;

Mark Zaleski, PDG de Dailymotion.

Article paru dans l’édition du 08.07.08

Y a-t-il une recette pour l’entrepreneuriat?

Les étudiants de l’Ecole Hôteliere de Lausanne qui ont un goût naturel pour la gastronomie m’ont posé la question récemment. Je me suis inspiré de Paul Graham et de Steve Jobs pour en fournir les ingrédients. Le texte en anglais est disponible en pdf. Voici la réponse (en anglais également) …

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Is there a recipe for entrepreneurship?

“Launching a start-up is not a rational act. Success only comes from those who are foolish enough to think unreasonably. Entrepreneurs need to stretch themselves beyond convention and constraint to reach something extraordinary.” Vinod Khosla, founder of Sun Microsystems

Europe is aware that it is not as efficient with entrepreneurship as the USA, and Silicon Valley is the extreme illustration of the American model. Google, Yahoo, Apple, Cisco, Oracle, Intel are only a few examples. What are ours? What did we do wrong? My answer is that we have not bet on passionate individuals ready to take risks and face uncertainty: young people who may fail but will learn from their mistakes.

If you are not convinced or surprised with the argument, let me quote some Silicon Valley icons. Steve Jobs said about Silicon Valley success: “There are two or three reasons. You have to go back a little in history. I mean this is where the beatnik happened in San Francisco. It is a pretty interesting thing…You’ve also had Stanford and Berkeley, two awesome universities drawing smart people from all over the world and depositing them in this clean, sunny, nice place where there’s a whole bunch of other smart people and pretty good food. And at times a lot of drugs and all of that. So they stayed… I think it’s just a very unique place.”

The main investor in Apple, Steve Jobs’ company, Don Valentine adds: “Founders are genetically impossible by choice. There were only two true visionaries in the history of Silicon Valley. Steve Jobs and Bob Noyce [Intel’s founder]. Their vision was to build great companies… Steve was twenty, un-degreed, some people said unwashed, and he looked like Ho Chi Min. But he was a bright person… Phenomenal achievement done by somebody in his very early twenties… Bob was one of those people who could maintain perspective because he was inordinately bright. Steve could not. He was very, very passionate, highly competitive.” By the way, Bob Noyce mentored Steve Jobs.

Let me add one more quote by another investor, Tom Perkins: “The difference is in psychology: everybody in Silicon Valley knows somebody that is doing very well in high-tech start-ups; so they say to themselves “I am smarter than Joe. If he could make millions, I can make a billion”. So they do and they think they will succeed and by thinking they can succeed, they have a good shot at succeeding. That psychology does not exist so much elsewhere,”

Quotes may not be any proof, but consider the age of the Silicon Valley entrepreneurs: Steve Jobs was 21, the Google founders were 25, the eBay founder was 28, and the Yahoo founders were 27 and 29. Do not think this is linked to the Internet. Mister Hewlett and Packard were 26 and 27 in 1939 when they founded HP. Founders often come also as a team of two; many are foreigners, immigrants who have something to prove, “hungry people”.

But if we would try to find a recipe, a recipe that Europe could use to bake fresh Entrepreneurs for their economies, what would it be? Paul Graham, an entrepreneur whose blog, www.paulgraham.com, is a must-read, has his strange advice: two main ingredients are needed, rich people and “nerds”. In my recent book, “start-up”, I use his advice for my very own recipe:

– Take rich people and nerds.

– Do not add any bureaucracy, do not add concrete.

– In order to attract and keep enough nerds/cooks in a place, there is a need for a large and nice plate.

A university is a good choice, it needs personality, and it needs to be creative. Not only on its campus, but also in its surroundings, so that the ingredients feel comfortable in the plate.

– The ingredients should be fresh, i.e. they should be young and dynamic.

Graham also mentions liberal environments, which, he claims, tolerate strange and brilliant individuals. [Read again what Jobs said above about SV].

– Then the ingredients have to be put in the oven for a very long time.

Silicon Valley began in 1957. It took ten years, even twenty years, to make this region successful; it is about the time it takes to grow infants into adults.

– The oven should not be too hot, so that the desire is not killed, then the temperature should be increased to maintain the enthusiasm.

A temperate, pleasant climate is therefore necessary.

If all the conditions are in place, the result will probably be interesting.

Lausanne has many assets to become such a place. Lausanne has EPFL, Unil, EHL, IMD. It has rich people. It has a nice climate and nice food, a rich cultural environment. So what we “just” need is the desire to try. Of course, ideas and projects have to be well managed. But first and foremost, we need young people, not afraid of being ambitious. As a final word, I think we should also take more inspiration from Silicon Valley. First, visit the place and understand it better; second, invite back the Europeans who live over there and have experienced this unique culture. We have to learn from them. So you have my recipe for entrepreneurship. The recipe for success is more an Art than a Science and listen again to what Steve Jobs said in 2005 at the first graduate diploma ceremony he ever attended: “Stay foolish, stay hungry.”

Sources:

Paul Graham and Silicon Valley
http://www.paulgraham.com/siliconvalley.html

Steve Jobs at Stanford
http://news-service.stanford.edu/news/2005/june15/jobs-061505.html

“Start-up, what we may still learn from Silicon Valley
https://www.startup-book.com

L’Espagne est passionée par l’Innovation

J’ai eu le plaisir d’être interviewé sur le livre Start-Up par Doris Obermair. Le texte est disponible en Espagnol et en Anglais dans le magazine If… La Revista de Innovation : Más pasión y sueños, menos infraestructura y experiencia (version anglaise)

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et la video (anglais) est-elle disponible sur le site Infonomia.

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Cerise sur le gâteau, je participerai le 10 juillet à la conférence Ifest pour parler à nouveau du sujet. La conférence me semble passionnante en raison de la diversité des intervenants.

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Stanford et Start-Up

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Quelle fierté que d’être interviewé par son Alma Mater. La School of Engineering de Stanford m’a demandé pourquoi j’ai écrit Start-Up et pour qui. Vous en trouverez les éléments sur le site de la Stanford SOE. J’essaie d’y expliquer que le livre n’est pas consacré (seulement) à cette infrastructure qui a échoué en Europe, mais (surtout) à cette nécessité d’encourager nos jeunes gens à prendre plus de risques. Un débat sur la nature et la culture que je développe longuement dans le livre.

Finlande

Je ne suis pas seul à me lamenter de la faiblesse de l’Europe en ce qui concerne les start-up. Juha Ruohonen, dans son rapport VICTA (www.tekes.fi/en/document/42911/victa_pdf), compare la situation de la Finlande et d’Israël et il arrive à des conclusions similaires aux miennes : pas assez de start-up qui croissent, un manque d’ambition, trop de start-up qui stagnent (« lifestyle »)

La table qui suit se suffit à elle-même :

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Et son analyse des problèmes est la suivante:

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Enfin il tire les conclusions suivantes : il y a en Finlande un besoin

  • De créer un écosystème pour une croissance forte
  • De multiplier le nombre de sociétés compatibles avec le capital-risque
  • D’éliminer le gaspillage de ressources destinées aux start-up lifestyle
  • De fournir une plateforme viable pou un développement international rapide
  • D’augmenter l’implication des grandes entreprises et le nombre de spin-offs de ses sociétés
  • De faciliter la transformation des projets de recherche en start-up de croissance

Ceci peut être atteint

  • En passant de la quantité à la qualité
  • En se déplaçant d’une politique de projets à des structures efficaces sur le long-terme
  • En créant des structures qui permettent les succès commerciaux
  • En attirant des talents internationaux dans la communauté finlandaise.

Mon commentaire : on peut remplacer Finlande par Europe et on a sans doute la même analyse. Il ne fait aucun doute que les solutions ne sont pas simples. J’ajoute toutefois qu’un pari sur la jeunesse, la prise de risque me parait être primordial (le “Stay Foolish, Stay Hungry” de Steve Jobs, décrit dans mon post de Juillet 2007) et que l’échange international passe aussi par une découverte de ce qui se passe à l’étranger.

Les milliardaires de la technologie en 2007

Quand le magazine Forbes a publié sa liste de milliardaires, j’ai essayé d’extraire ceux qui ont bâti leur fortune grâce à des start-up high-tech. J’ai ensuite compré Europe et Etats-Unis et la table qui suit est éloquente: en Europe,seule SAP a permis la création de telles fortunes.

Rang Nom Pays Fortune ($B) Origine Age
1 Bill Gates USA 56 Microsoft 51
11 Larry Ellison USA 21.5 Oracle 62
19 Paul Allen USA 18 Microsoft 54
26 Sergey Brin USA 16.6 Google 33
26 Larry Page USA 16.6 Google 34
30 Michael Dell USA 15.8 Dell 42
31 Steven Ballmer USA 15 Microsoft 51
76 Pierre Omidyar USA 8.8 Ebay 39
116 Eric Schmidt USA 6.2 Google 51
119 Hasso Plattner Allemagne 6 SAP 63
132 Steven Jobs USA 5.7 Apple, Pixar 52
188 Jeffrey Bezos USA 4.4 Amazon 43
204 Jeffrey Skoll USA 4.2 Ebay 42
243 Gordon Moore USA 3.6 Intel 78
287 Klaus Tschira Allemagne 3 SAP 66
369 Ray Dolby USA 2.5 Dolby 74
369 David Filo USA 2.5 Yahoo 40
407 Mark Cuban USA 2.3 Broadcast.com 48
432 John Abele USA 2.2 Boston Scientific 70
432 Henry Nicholas III USA 2.2 Broadcom 47
432 Jerry Yang USA 2.2 Yahoo 38
458 Omid Kordestani USA 2.1 Google 43
458 Henry Samueli USA 2.1 Broadcom 52
538 Hans-Werner Hector Allemagne 1.9 SAP 67
538 Peter Nicholas USA 1.9 Boston Scientific 65
538 Andy Bechtolsheim USA 1.9 Sun, Google, 51
557 John Morgridge USA 1.8 Cisco 73
583 Irwin Jacobs USA 1.7 Qualcomm 73
583 Mike Lazaridis Canada 1.7 RIM (Blackberry) 46
583 Kavitark Shriram USA 1.7 Google 51
583 Theodore Waitt USA 1.7 Gateway 44
618 James Balsillie Canada 1.6 RIM (Blackberry) 46
664 Amar Bose USA 1.5 Bose 77
664 Thomas Siebel USA 1.5 Siebel Systems 54
717 David Cheriton USA 1.4 Google 55
717 Scott Cook USA 1.4 Intuit 54
717 Todd Wagner USA 1.4 Broadcast.com 46
754 Richard Egan USA 1.3 EMC Corp 71
754 Margaret Whitman USA 1.3 Ebay 50
799 David Duffield USA 1.2 Peoplesoft 66
799 Dietmar Hopp Allemagne 1.2 SAP 66
840 James Clark USA 1.1 Netscape 63
891 Weili Dai USA 1 Marvell 45
891 John Doerr USA 1 Venture capital 56
891 Arthur Rock USA 1 Venture capital 80
891 Charles Simonyi USA 1 Microsoft 59
891 Sehat Sutardja USA 1 Marvell 45
New Vinod Khosla Inde 1.5 Sun, Venture capital 52
New Michael Moritz USA 1.3 Venture capital 52