Archives de catégorie : Donnée Start-up

Startups et Actionnariat

Voici le troisième rapport que je publie cet été sur les startups. Après les startups de EPFL et Stanford et les Startups, voici (je l’espère) une analyse intéressante sur la répartition des actions dans 400 startups, intitulé Equity in Startups (pdf en anglais). Voici la traduction du résumé du rapport en 4ème de couverture: les startups sont devenues en moins de 50 ans une composante majeure de l’innovation et de la croissance économique. Une caractéristique importante du phénomène a été la richesse créée pour les actionnaires des startups en incluant toutes les parties prenantes. Ceux-ci incluent les fondateurs, les investisseurs, mais aussi les employés grâce au mécanisme de stock-option et les universités par le biais de licences de propriété intellectuelle. Dans le groupe des employés, l’attribution d’actions à des managers importants comme le CEO, les vice-présidents et les autres dirigeants et les membres indépendants du conseil d’administration est également analysée. Ce rapport analyse la répartition de l’equity dans plus de 400 startups, dont la plupart étaient allées en bourse. L’auteur a l’ambition d’informer un public général sur les meilleures pratiques en matière de répartition de l’equity, en particulier à Silicon Valley, le coeur de l’innovation par les startups.

Je vous laisse découvrir ce rapport assez court qui aurait pu être beaucoup plus long si j’avais décidé d’analyser les données en détail. Je vais juste ici donner les principaux résultats. Tout d’abord les données montre que les fondateurs ont environ 10% de leur entreprise lors de l’introduction en bourse (ou d’une sortie), , tandis que les investisseurs en détiennent 50% et les employés 20%. Les 20% restants vont au grand public lors de l’introduction en bourse. Bien sûr, c’est un peu trop simpliste. Par exemple, les fondateurs gardent davantage dans les startup du domaine du logiciel et de l’Internet et moins dans la Biotech et la Medtech. Il pourrait y avoir beaucoup plus à dire, mais je laisse le lecteur se concentrer sur ce qui peut l’intéresser.
D’autres points intéressants sont les suivants:
– L’âge moyen des fondateurs est de 38 ans mais plus élevé en Biotech et Medtech et plus bas dans le logiciel et l’Internet.
– Il faut en moyenne 8 ans pour aller en bourse après avoir levé 138 millions de dollars de capital-risque, dont un premier tour de 8 millions de dollars.
– En moyenne encore, les entreprises ont environ 110 millions de dollars de ventes et sont légèrement rentables, avec 500 employés lors de l’introduction en bourse. Mais là encore, il existe des différences entre logiciels et Internet qui ont plus de ventes et d’employés et des profits alors que en Biotech et Medtech, les revenus et les effectifs sont beaucoup plus faibles et les bénéfices sont négatifs.
– Le PDG détient environ 3% de la startup lors de la sortie. Ceci représente 4 fois moins que le groupe fondateur et en fonction du moment où elle (même si c’est trop souvent «il») a rejoint la startup, cela signifierait jusqu’à 20% à la création (en supposant que les fondateurs garderaient 80% et alloueraient le delta au PDG)
– Les PDG ne sont pas fondateurs dans environ 36% des cas, plus en biotechnologie (42%) et medtech (35%) que dans l’Internet (31%) et le Logiciel (25%), plus à Boston (48%) que dans la Silicon Valley (43%).
– Les vice-présidents et les dirigeants possèdent environ 1% et le directeur financier (CFO) environ 0,6% de la startup.
– Enfin, un administrateur indépendant reçoit environ 0,3% de l’equity à l’introduction en bourse. Si nous considérons à nouveau que les fondateurs sont dilués d’un facteur 8x de 100% à environ 12%, cela signifie qu’un directeur devrait avoir environ 2-3% s’il se joint au début.
– Dans le passé, les universités possédaient environ 10% de la startup lors de la création en échange d’une licence exclusive sur l’IP. Plus récemment, cela a été plutôt 5% non dilué jusqu’à un financement important (série A).

Stanford et les Startups

Stanford fait partie des deux meilleures universités avec le MIT pour la création de startups high-tech. Il n’y a aucun doute à pareille affirmation. Au cours des dix dernières années, j’ai étudié l’impact de cette université qui s’est développée au milieu de Silicon Valley. Après un livre et quelques articles de recherche, voici une sorte de travail de conclusion.

Il y a un peu moins de 10 ans, j’ai découvert Wellspring of Innovation, un site Web de l’Université de Stanford qui liste environ 6000 entreprises et fondateurs. J’ai utilisé cette liste en plus de données que j’avais obtenues de l’OTL, le bureau de transfert de technologie de Stanford ainsi que de certaines données personnelles que j’avais compilées au cours des années. Le rapport Startups and Stanford University, sous-titré « une analyse de l’activité entrepreneuriale de la communauté de Stanford sur 50 ans » est le résultat d’une recherche d’environ 10 ans. Bien sûr, je n’ai pas travaillé tous les jours sur le sujet, mais ce fut un travail patient qui m’a aidé à analyser plus de 5000 startups et entrepreneurs. Il n’y a presqu’aucune anecdote, mais beaucoup de tableaux et de figures. J’ai délibérément décidé de ne pas tirer beaucoup de conclusions car chaque lecteur préférera sans doute une partie à une autre. Les quelques personnes que j’ai contactées avant de le publier ici ont twitté avec des réactions différentes. Par exemple:

Katharine Ku, directrice de l’OTL a mentionné un autre rapport lorsque je lui ai mentionné le mien: Stanford’s Univenture Secret Sauce – Embracing Risk, Ambiguity and CollaborationLa recette secrète d’Univenture de Stanford: embrasser le risque, l’ambiguïté et la collaboration. Une autre illustration de la culture entrepreneuriale de cet endroit unique! Je dois remercier Madame Ku ici encore pour les données auxquelles j’ai pu accéder grâce à elle!

Ce document n’est pas vraiment une conclusion. Il reste encore beaucoup à étudier sur les startups high-tech autour de Stanford. Rien qu’avec ces données. Et plus encore avec des données récentes sans doute. Et je conclurai ici avec la dernière phrase du rapport: « Comment tout cela se développera-t-il à l’avenir est évidemment impossible à prédire. Par conséquent, une analyse revisitée de la situation dans une décennie devrait être très intéressante ».

Une analyse des spin-offs de l’EPFL et de son écosystème entrepreneurial

J’essaie en général de ne pas mélanger mes activités à l’EPFL et celles relatives à mon blog. Voici une des rares exceptions. À l’EPFL, nous venons de publier un bref rapport décrivant les start-up de l’EPFL. Voici le lien. Vous pouvez également visiter les pages sur le soutien de l’entrepreneuriat à l’EPFL.

Le rapport fournit des données sur la création de valeur liée à la collecte de fonds et à la création d’emplois, ainsi que sur un phénomène connu, l’importance des migrants dans la création d’entreprise. Je suis conscient que la création de valeur est un sujet sensible, d’autant plus qu’en Europe, le capital-risque n’a pas démontré une corrélation réelle avec la valeur. Il peut même avoir détruit plus de valeur qu’il n’en a créé…

Les start-up selon la Paris Innovation Review

Encore une fois, la Paris Innovation Review (anciennement ParisTech Review) publie une série d’excellents articles, cette fois dédiés aux start-up. Ceux-ci sont:
– Des entreprises comme les autres? Une enquête sociologique sur des startups françaises. http://parisinnovationreview.com/2017/03/21/enquete-sociologique-startups-francaises/
– Rémunération & incitations des salariés de startup – 1 – Les salaires. http://parisinnovationreview.com/2017/03/23/remuneration-incitations-startup-salaires/
– Rémunération & incitations des salariés de startup – 2 – Actions et stock options http://parisinnovationreview.com/2017/03/23/remuneration-incitations-salaries-startup-actions/

L’article sur la sociologie des start-up montre (en fait confirme) des choses intéressantes. Je vais vous laisser le lire et sauter directement à leurs conclusion: « Quelques-uns de ces résultats peuvent donner matière à réflexion pour des politiques publiques qui viseraient à favoriser les créations d’entreprises. La survie de ces sociétés semble relativement peu prévisible, aussi bien pour les personnes impliquées (les entrepreneurs, les salariés, les services d’aide à la création) que pour les analystes qui les observent de l’extérieur. Nous avons interprété cette imprévisibilité comme le résultat de deux causes. La première est la sélection opérée par les services d’accompagnement, sélection qui a largement guidé la nôtre dans la mesure où la revendication d’innovations techniques, qui était notre principal critère d’inclusion dans notre enquête, est en général associée à des suivis et des aides par ces services. On peut penser qu’un certain nombre de projets jugés très irréalistes ont pu être exclus par ces services, ce qui limite de fait la variété des entreprises que nous avons étudiées. La seconde cause, plus fondamentale, est la variété des éléments qui font le succès ou l’échec des entreprises : débouchés qui apparaissent et disparaissent au gré de changements économiques mondiaux, des stratégies des grands groupes industriels et des initiatives des concurrents, conflits internes, ressources qui deviennent abondantes ou peu accessibles en fonction des évolutions du contexte, problèmes de financement difficiles à anticiper, etc. Cela pourrait inciter les pouvoirs publics à encourager de très nombreux projets et à ne pas se contenter de ceux qu’ils considèrent comme les plus prometteurs. Arroser un champ entier est souvent plus efficace que déverser toute l’eau disponible sur quelques mètres carrés… Très soutenues par les pouvoirs publics, les entreprises réputées innovantes s’en sortent mieux que les autres si l’on considère leur taux de survie. Peut-être ne serait-il pas absurde de faire bénéficier d’un soutien équivalent des entreprises situées dans d’autres mondes économiques. »

Le thème de l’incitation fait partie de mes sujets de prédilection comme vous pouvez le voir avec le lien Slideshare ci-dessous. En ce qui concerne les salaires, je suis entièrement d’accord avec leur conseil: être aussi objective que possible : cela garantit l’équité et reconnaît une vérité fondamentale: les gens parlent. Du point de vue des stock options, connaître les règles de vesting (durée d’acquisition) et de cliff (durée minimale) et créer un mécanisme de’obtention basé sur l’expérience des employés et mais aussi sur les couches des employées des plus anciens aux plus récents, c’est-à-dire que le même nombre d’options pourrait être accordé chaque année (et en conséquence plus d’actions pour les employés les plus anciens, car il y devrait y avoir plus d’employés par an lorsque la société grandit. Si cela n’est pas le cas, les stock-options sont probablement sans grande valeur…)

Des données sur la structure actionnariale (fondateurs, investisseurs) de 401+ start-up

Je compile régulièrement des données sur les start-up et en particulier sur la manière dont les actions sont attribuées aux fondateurs, aux employés (par le biais de stock options), aux administrateurs indépendants et aux investisseurs (par le biais d’actions privilégiées). J’ai maintenant plus de 400 cas de ce genre (voir ci-dessous la liste complète). Ce qui est intéressant, c’est d’examiner certaines statistiques par géographie, par domaine d’activité et par période de fondation. Les voici:

Il y aurait beaucoup à dire… mais je préfère vous laisser vous faire votre opinion par vous même…

Equity Structure in 401+ Start-ups by Herve Lebret on Scribd

Quelle est la structure actionnariale d’Uber et d’Airbnb?

Quelle est la structure actionnariale d’Uber et d’Airbnb? Malheureusement, il s’agit d’une question que seuls les actionnaires des deux start-up peuvent connaître. Je n’en ai presque aucune idée. Mais au cours du week-end j’ai essayé de trouver combien ces licornes ont levé d’argent et comment cela a impacté les fondateurs. Si vous lisez ce blog de temps en temps, vous savez probablement que je fais cet exercice régulièrement. J’ai une base de données de plus de 350 exemples, et je vais bientôt la mettre à jour avec 401 entreprises, y compris ces deux dernières. Voici le résultat de mon analyse « quick & dirty ».


La table de capitalisation d’Airbnb- Un exercice spéculatif avec très peu d’informations disponibles


La table de capitalisation d’Uber – Un exercice spéculatif avec très peu d’informations disponibles

Quelques remarques:
– les trois fondateurs d’Airbnb avaient 27, 27 et 25 ans à la date de la fondation. Tandis que pour Uber, ils avaient 32 et 34 ans;
– comme vous le voyez, je n’ai aucune information sur les autres actionnaires « ordinaires », ni sur les plans d’options d’achat d’actions. Plus information sera disponible quand / si les entreprises décident d’aller au Nasdaq …
– les montants levés sont hallucinants mais les fondateurs relativement peu dilués;
– il y a eu un  » stock split » pour Uber (je ne sais pas comment bien traduire ce qui consiste à multiplier le nombre d’actions par un facteur donné). La forte valeur du prix par action a été en conséquence divisée par un facteur 40, ici.

Commentaires bienvenus!

PS: pour des raisons inconnues, j’ai des problèmes avec Slideshare. Voici le document sur Scribd…

Equity Structure in 401+ Start-ups by Herve Lebret on Scribd

Quand des licornes veulent entrer en bourse

Deux licornes – des start-up valorisées à plus de un milliard de de dollars – ont été annoncé leur intention d’aller en bourse ces dernières semaines:
– Snap, Inc. la société célèbre pour son service SnapChat.
– AppDynamics, une entreprise informatique probablement moins célèbre (mais connue ici à Lausanne pour l’acquisition de la spin-off de l’EPFL, BugBuster).

Je publie ci-dessous leur tables de capitalisations, du moins une tentative selon mon habitude, ainsi que leurs produits et pertes trimestriels sur 2015 et 2016. (Les données sont compilées à partir des documents S-1 de la SEC)

AppDynamics ne sera pas cotée car Cisco a annoncé qu’il acquérait AppDynamics pour $3.5B. L’introduction en bourse de Snap reste à venir. Je vais vous laisser regarder les données et construire votre propre opinion. Sur les données des produits et pertes, je suis toujours surpris de voir les entreprises envisager d’aller en bourse avec des pertes qui restent élevées, et sans même une baisse tendancielle. Bien sûr, la croissance de leurs revenus est impressionnante!

Seydoux, le fondateur de Parrot, à propos d’entrepreneuriat et d’innovation

Une publication récente de l’excellente ParisTech Review a attiré mon attention. Elle est intitulée Trois leçons de la saga Parrot et vous en trouverez le texte intégral ici (www.paristechreview.com/2016/09/28/trois-lecons-de-la-saga-parrot/)

J’ai déjà écrit sur Parrot et son fondateur Henri Seydoux (voir www.startup-book.com/fr/2012/08/10/parrot-et-henri-seydoux-une-success-story-francaise/) et j’ai eu la chance de l’écouter à l’EPFL en 2014. Je vous encourage à regarder sa présentation où il donne cinq conseils : suivez votre intuition, entourez-vous, focalisez-vous – c’est essentiel, soyez frugal et… bonne chance.

Dans cette nouvelle série de conseils, je n’ai pas seulement retenu les trois leçons de Seydoux (il est possible de réussir en France en faisant de l’industriel, il ne faut pas se bercer d’illusions car les cycles technologiques sont rapides, le logiciel est plutôt orienté vers le B2C), mais aussi des anecdotes parlantes :
– Parrot aura été plusieurs fois au bord de la faillite mais l’obstination et la clairvoyance de son fondateur lui a permis d’éviter le pire.
– A son grand regret, Seydoux n’avait pas réussi à « convaincre les marques françaises » et d’ajouter « nul n’est prophète en son pays ».
– Pour innover, Seydoux créa des « start-up internes », avec de petites équipes talentueuses et deux interdictions : pas de spécifications, pas d’études de marché. De la bidouille, des essais et « petit à petit on accumule du savoir et parfois, cela marche ».

En 2016, Parrot, c’est une capitalisation de €300M, un chiffre d’affaires de €300M et presque 1’000 employés. Une belle success story européenne.

Les plus grandes (anciennes) start-up des USA et d’Europe

Depuis la publication de mon livre en 2007, je fais régulièrement l’exercice de comparer les plus grandes (anciennes) start-up américaines et européennes. En 2010, j’avais obtenu les tableaux suivants.

top-10-usa-2010

top-10-europe-2010

Ce que j’appelle d’anciennes start-up sont des sociétés de technologies cotées en bourse qui n’existaient pas il y a 50 ans. Bien sûr l’Europe souffrait (et souffre encore) de la comparaison, raison d’être de mon livre. Voici l’exercice mis à jour.

top-10-usa-2016

top-10-europe-2016

Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur l’évolution des choses. Pour ma part, j’y vois quelques éléments frappants. Le plus impressionnant est lié à une présentation il y a quelques jours qui montrait l’évolution avec le temps des plus grandes capitalisations américaines . La voici… assez étonnant…

largest-companies-by-market-cap-chart
Source: Visual Capitalist

Crispr Therapeutics Ag, la start-up suisse, prépare aussi son entrée au Nasdaq

En avril dernier, je publiai un court post sur les start-up CRISPR qui sont tellement « hot ». Alors, seules Editas et Intellia avaient publié leur dossiers d’entrée en bourse. J’avais pu construire les données sur CRISPR Therapeutics grâce aux registres suisses. Maintenant CRISPR Therapeutics Ag a également déposé son dossier pour le Nasdaq (voir son S-1). Je n’étais pas si loin de la vérité comme vous pourrez le vérifier en comparant les deux tableaux. Des données intéressantes …

– Crispr Therapeutics d’après les données du Nasdaq
crispr_therapeutics_cap_table_sep16

– Crispr Therapeutics d’après les données des registres suisses
Crisper-Crispr