Archives de catégorie : Donnée Start-up

Les meilleurs entrepreneurs européens high-tech selon le Financial Times

Comme suite à mon article publié le 25 Juin, intitulé L’Europe et les start-up – devrions-nous nous inquiéter? Ou y a t-il de l’espoir? voici une analyse plus détaillée des 50 meilleurs entrepreneurs high. tech. européens selon le Financial Times. D’abord, vous pouvez faire un quiz: les connaissez vous? ou du moins combien?

FT Top 50 Europe

Avant de vous donner la liste complète (le classement est fait de gauche à droite et de haut en bas), voici quelques statistiques intéressantes (je crois).

FT Top 50 Europe Stats

Les pays ne sont pas vraiment surprenants alors que la présence massive d’Index Ventures l’est, comparativement à Atomico ou même Accel. Les fonds américains, y compris les meilleurs d’entre eux, sont tous présents. Intéressant aussi. Alors, combien entrepreneurs connaissiez-vous…

FT Top 50 Europe List
(cliquer pour agrandir – références additionnelles : Crunchbase et SEC)

Les universités doivent-elles s’enrichir avec leurs spin-offs?

La question est l’objet d’un débat dans le numéro de juin 2015 de la revue Horizons du Fonds National Suisse pour la Recherche Scinetifique auquel il m’a été demandé de participer.

Des dizaines de start-up sont lancées chaque année en Suisse pour valoriser des recherches scientifiques financées en très grande partie par l’Etat. Les universités qui les ont soutenues devraient-elles s’enrichir en cas de succès commercial?

Oui, affirme le politicien Jean-François Steiert

Horizons-Debat-Spinoffs-1

Au cours des vingt dernières années, environ un millier d’entreprises, le plus souvent de petite taille, a contribué au succès de la Suisse. La majorité d’entre elles sont prospères, même si les investisseurs enclins à prendre des risques sont plus rares en Suisse que par exemple aux Etats-Unis. La plupart du temps, les spin-offs sont soutenues par l’argent du contribuable, au niveau des infrastructures, des réseaux sociaux, des bourses ou des services de coaching des hautes écoles. L’objectif de ce genre d’investissements publics est avant tout d’encourager l’emploi et la recherche.

Grâce au soutien de fonds publics, ces innovations génèrent par le biais de ventes ou de brevets des bénéfices importants de l’ordre de dizaines ou de centaines de millions de francs. L’investisseur public doit pouvoir exiger une partie de ces bénéfices. Non pas pour permettre à l’Etat ou aux hautes écoles de s’enrichir, mais pour réinvestir ces fonds dans l’encouragement de la prochaine génération de chercheurs.

A l’heure où la Confédération et les cantons mettent en place des programmes d’économies en raison de baisses d’impôts exagérées, des fonds supplémentaires doivent pouvoir être générés de cette manière et soutenir les jeunes chercheurs dans la valorisation économique de leurs innovations.

«L’investisseur public doit pouvoir exiger une partie du bénéfice.» Jean-François Steiert

Lors de la vente des brevets, il ne s’agit ni de viser le rendement maximal, ni de prélever des bénéfices selon une clé unique. Les hautes écoles ont besoin d’une marge de manœuvre pour optimiser le prélèvement. D’un côté, il faut que la création et la direction de start-ups restent attrayantes. De l’autre, il convient de réinvestir de manière adéquate dans la prochaine génération de chercheurs.

Ce qui fait défaut, aujourd’hui, est la transparence. Si les hautes écoles veulent garder la confiance du contribuable, elles doivent déclarer combien d’argent est généré par leurs start-up prospères. Cette information, elles la doivent au contribuable qui, à raison, veut savoir si ses deniers sont bien investis dans la recherche, un domaine capital pour la Suisse.

Jean-François Steiert (PS) est conseiller national depuis 2007 et membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture.

Non répond Hervé Lebret, gérant d’un fonds de placement de l’EPFL.

Horizons-Debat-Spinoffs-2

Lorsque Marc Andreessen lança Netscape en 1993, l’un des premiers browsers du Web, l’Américain de 22 ans préféra repartir de zéro plutôt que de signer une licence avec l’Université de l’Illinois, dont il jugeait les conditions abusives. Au contraire, l’Université de Stanford entretint des relations moins tendues avec les fondateurs de Google, en prenant une participation modeste de 2% (qui lui rapporta 336 millions de dollars six ans plus tard lors de l’entrée en bourse de la société). La même université ne demanda rien à Yahoo!, jugeant que les fondateurs avait développé le site sur leur temps libre. Quelques années plus tard, l’un des fondateurs de Yahoo! fit un don de 70 millions de dollars à Stanford – alors qu’Andreessen, lui, ne veut plus entendre parler de son alma mater.

Ces exemples montrent bien comment les rapports entre universités et entreprises peuvent se tendre lorsqu’elles ne partagent pas la même perception de la valeur d’un transfert de connaissances. Ce dernier est souvent gratuit lorsqu’il s’agit de formation, mais lorsqu’il est question de création d’entreprises, l’écrasante majorité des gens pense qu’il ne doit pas l’être. Néanmoins, un retour indirect existe déjà: d’abord sous la forme de l’impôt et, plus important encore, à travers les centaines de milliers d’emplois créés par les start-up. Leur valeur est, au final, bien supérieure aux dizaines de millions de dollars rapportés chaque année aux meilleures universités américaines par leurs licences.

«Des conditions abusives peuvent démotiver l’entrepreneur avant même qu’il ne se lance.» Hervé Lebret

Comment alors définir la juste rétribution pour les universités? Le sujet est sensible, mais aussi mal compris, notamment à cause d’un manque de transparence des différents acteurs. En 2013, j’ai publié une analyse des termes de licences publiques d’une trentaine de start-up [1]. Elle montre que les universités prennent une participation moyenne de l’ordre de 10% à la création de la start-up, qui se dilue à 1–2% après les premiers financements.

Il est impossible de connaître à l’avance le potentiel commercial d’une technologie. Il faut avant tout faire en sorte que celui-ci ne soit pas pénalisé par des termes de licence excessifs. Des conditions abusives peuvent démotiver l’entrepreneur avant même qu’il ne se lance et décourager les investisseurs. Et ainsi tuer la poule dans l’œuf.

[1] http://bit.ly/lebrstart

Hervé Lebret est membre de la Vice-présidence pour l’innovation et la valorisation de l’EPFL et directeur d’Innogrant, un fonds d’innovation de la haute école lausannoise.

Biocartis, la start-up à succès (presque) suisse.

Biocartis aurait pu être une réussite suisse, mais la société est maintenant basée en Belgique. Probablement pas une décision des investisseurs (ce à quoi on pense en général quand une start-up déménage), mais plutôt de l’équipe de management. Un des fondateurs est belge et c’est un entrepreneur en série impressionnant: Rudi Pauwels. Voici ce que vous pouvez lire dans le document IPO:

BiocartisHistory

Pourtant les chiffres sont intéressants. La société a levé plus de €200M avant son introduction en bourse de €100M cette semaine. Malgré ces énormes montants, les fondateurs ont gardé environ 5% de la société. Son prospectus d’IPO est disponible sur le site Web de la société. Elle a signé des accords avec Philips, Hitachi, Biomérieux, Abbott, Janssen et Johnson & Johnson et compte Debiopharm, basée en Suisse, parmi ses actionnaires. Voici mon tableau de capitalisation habituel:

BiocartisCapTable
(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Une nouvelle start-up à un milliard créée par de jeunes fondateurs? Sauf qu’ils ont quitté Etsy…

Etsy est l’annonce d’introduction en bourse la plus récente à ce jour. C’est un site d’e-commerce bien connu, basé à New-York, financé par Caterina Fake, Stewart Butterfield, Joshua Schachter & Union Square Ventures (Albert Wenger et Fred Wilson) à ses débuts, puis par Accel Partners, Index Ventures et Global Tiger, avec plus de 100M$ amassés vant l’introduction en bourse.

Les trois fondateurs (Robert Kalin, Chris Maguire, Haim Schoppik) ont diplômés de l’Université de New York vers 2005, juste avant la création de leur start-up, alors qu’il devaient avoir 25 ans environ. Mais il n’y a pas d’info sur eux dans le document S-1. Kalin a été PDG jusqu’en juillet 2008 (revint entre décembre 2009 et juillet 2011). Nombre d’employés et les co-fondateurs Maguire (développement de logiciels) et Schoppik (CTO) sont partis en août 2008.

Etsy-founders
Les fondateurs: Robert Kalin, Chris Maguire, Haim Schoppik

et mon habituelle table de capitalisation. Intéressant de vérifier ce que sera la valeur à l’IPO…
Etsy-captable
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Quelques sorties récentes dans la biotech suisse montrent des caractéristiques intéressantes

Au cours des 12 derniers mois, trois start-up de la région de Zurich ont connu une sortie. Molecular Partners est devenue publique sur la bourse suisse (voir mon post du 21 novembre) et deux autres start-up ont été acquises, Covagen par Janssen (voir le communiqué e presse d’août 2014) et GlycoVaxyn par GSK (communiqué e presse de février 2015), à chaque fois pour environ CHF200M. J’aavais déjà écrit un billet intitulé le dilemme des fondateurs suisses en décembre 2013. Mais je n’avais pas à l’époque publié de tables de capitalisation individuelle. Ici, elles y sont.

EquityTable-Covagen
Table de capitalisation de Covagen – cliquez sur l’image pour agrandir

EquityTable-GlycoVaxyn
Table de capitalisation de GlycoVaxyn – cliquez sur l’image pour agrandir

Le tableau suivant compare quelques caractéristiques intéressantes telles que les niveaux d’investissements et de dilution:
SwissBiotechDataFeatures
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J’aurais pu ajouter la part des universités qui était dans la gamme de 5-8% à l’incorporation avant d’être atteindre des niveaux de 0.2 à 1.8% à la sortie. Un autre point intéressant est que l’introduction en bourse semble induire moins de dilution et plus de création de valeur que le M&A.

La préférence de liquidation est une autre caractéristique intéressante. Le cas GlycoVaxyn montre un mécanisme complexe. Malgré la complexité du mécanisme et parce que le prix d’acquisition était beaucoup plus élevé que le montant investi par les VCs, les résultats sont semblables à ce qu’aurait donné une répartition proportionnelle.

J’ai ajouté ces tableaux et quelques autres à ma synthèse régulière. La voici:

En Suisse romande, l’EPFL a connu quelques sorties dans les 2 dernières années : Jilion, Sensima, Aïmago, Composyt. Intéressant de noter que les valeurs de sortie étaient plus faibles et les VCs inexistants. Mais les VCs ont été actifs aussi dans les 5 dernières années. Espérons que certains jolis résultats vont se produire dans un avenir proche …

Célébrons une (trop rare) IPO suisse: Molecular Partners

J’aurais pu dire: célébrons une (trop rare) IPO européenne. Molecular Partners est une spin-off de l’université de Zurich fondée par le Professeur Andreas Plückthun, Christian Zahnd, Michael Stumpp, Patrik Forrer, Kaspar Binz et Martin Kawe en 2004. Elle a été financée par des investisseurs privés: un premier tour de CHF18.5M en 2007 et un second tour de CHF38M en 2009. Elle a aussi signé un grand nombre d’accords avec des sociétés pharmaceutiques, ce qui explique des revenus élevés pour une biotech. L’université de Zurich en est aussi actionnaire depuis un accord de licence signé en 2004, grâce auquel elle touche aussi des royalties.

Molecular-CapTable
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Il est intéressant je crois d’illustrer l’évolution de l’actionnariat en fonction des financements successifs, dont l’IPO qui a apporté une centaine de millions à Molecular.

Molecular-Dilution
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J’aime aussi mentionner l’âge des fondateurs. Le document d’entrée en bourse fournit des données et j’ai estimé les autres à partir du parcours académique (18 ans pour une entrée à l’université…) Une moyenne de 33 ans avec un écart de 20 ans entre les extrêmes. Je sais que l’argent reste un tabou; les Européens n’aiment pas afficher des fortunes, qui restent très théoriques, car on ne vend pas ses actions dans une biotech aussi facilement qu’en employé de Facebook… Pourtant il me semble important de célébrer le succès des fondateurs et de leurs investisseurs… Bravo à tous!

Molecular-Founders-Age

Zalando prépare son entrée en bourse

Zalando, l’une des start-up européennes les plus visibles doit devenir une société cotée le 1er Octobre en Allemagne. Ce n’est pas tant les chiffres que j’ai trouvé d’intérêt, mais combien il m’a été difficile de les obtenir. Comme d’habitude, l’Europe montre moins de transparence. Trouver le prospectus n’a pas été facile, et je ne suis pas sûr que j’aurais pu le trouver sans prétendre que je vis à Berlin. Et encore, je n’ai aucune idée de combien la société a levé, à quel prix et quand. Ce n’est pas dans le prospectus. J’ai juste toutes les dates des augmentations de capital et le nombre d’actions, cela n’aide pas beaucoup.

zalandoguys
Rubin Ritter, David Schneider et Robert Gentz

J’ai quand même pu construire ma table de capitalisation habituelle et voici ce que cela donne.

zalando-captable

zalando-capital-increase

L’actionnariait de 305 start-up high-tech avec les parts des fondateurs, employés and investisseurs

Je compile régulièrement des données sur les start-up, notamment l’actionnariat des fondateurs, employés et investisseurs ainsi que la taille des tours de financements. Cette mise à jour contient 305 start-up qui sont allées en bourse (ou en ont eu l’intention en déposant un dossier) ou qui furent des acquisitions connues.

La première start-up à 1000 milliards de dollars

Merci à mon ami Jean-Jacques pour m’avoir mentionné ce joli article historique sur les débuts de la Silicon Valley. D’après The First Trillion-Dollar Startup, « mesurée en dollars d’aujourd’hui », Fairchild pourrait être considérée comme « la première start-up ayant valu 1000 milliards de dollars ». Je vous laisse découvrir l’article et ne vais pas revenir en détail sur une histoire que j’ai traitée dans Les pères de la Silicon Valley: les 8 Traitres

Les auteurs montrent entre autres que la Silicon Valley n’existait pas en 1957. Aucune entreprise active dans le semiconducteur n’y était basée car la côte Est était encore le centre de la high-tech. Mais les fondateurs de Fairchild sont directement ou indirectement à l’origine de 92 entreprises de la Silicon Valley, cotées aujourd’hui au Nasdaq ou au NYSE, valant plus de 2’000 milliards de dollars et employant plus de 800’000 personnes.

Voici une jolie illustration de leur étude,
endeavor-insight-sv-2-retina
mais j’aime toujours autant celle-ci, célèbre poster créé par l’auteur du terme Silicon Valley, que j’ai scanné il y a quelques années,
l’image qui suit est extraite de la précédente, (à gauche et à mi-hauteur – correspondant à 1957)

HDSVBSV
Le rapport complet se télécharge au format pdf et te trouve intéressantes leurs trois leçons:
1- Les grandes entreprises peuvent se développer dans des environnements improbables et difficiles.
2- Quelques entrepreneurs peuvent avoir un grand impact.
3- Il existe un modèle de réussite que les leaders peuvent amplifier: ambition, croissance, engagement, réinvestissement.
HDSVBSV-acceleration

La (triste) situation des entrées en bourse technologiques à Paris

Je viens de lire un excellent article dans le Journal Le Monde: Les investisseurs se lassent des introductions en Bourse.
LeMonde-July14

La première lecture pourrait laisser entrevoir des nouvelles positives, comme le montre les graphiques qui suivent:
LeMonde-FrenchIPOs-2
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LeMonde-FrenchIPOs-3
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LeMonde-FrenchIPOs-1
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J’ai regardé plus en détails les documents d’entrée en bourse de 11 d’entre elles. Pour référence, les 11 sociétés étudiées:
Ask http://www.ask-rfid.com
Awox http://www.awox.com
Crossject http://www.crossject.com
Fermentalg http://www.fermentalg.com
Genomic Vision http://www.genomicvision.com
Genticel http://www.genticel.com
Mcphy energy http://www.mcphy.com
Supersonic Imagine http://www.supersonicimagine.fr
Txcell http://www.txcell.com
Viadeo http://fr.viadeo.com/fr/
Visiativ http://www.visiativ.com
et je vous laisse découvrir ici les 11 tables de capitalisation.

Je vous montre ici les deux plus gros succès Supersonic et Viadeo:

Supersonic-captable
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Viadeo-captable
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Pourquoi ai-je ressenti le besoin d’employer le terme « triste » situation? Parce que:
– les valorisations ne dépassent pas les €200M,
– les montants levés en bourse ne dépassent pas les €50M
Avec de tels chiffres ni les entrepreneurs ni les investisseurs ne peuvent tenir la comparaison avec leurs homologues américains. (Je vous renvoie à ma synthèse des IPOs américaines, si vous n’êtes pas convaincus).

Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, je vous renvoie à un excellent débat sur France Culture avec notamment Oussama Ammar, le fondateur de The Family: La France est-elle le paradis ou l’enfer des start-up ? Oussama Ammar y décrit les faiblesses historiques du système français, la trop grande intervention publique, les IPOs (comme celles de Viadeo justement) qui sont si faibles qu’elles n’auraient pas lieu aux USA (alors qu’une start-up française comme Criteo a pu, elle, entrer au Nasdaq). Il y aurait beaucoup à dire à partir de ces 11 IPOS, mais je vous laisse réfléchir à ce qu’elles signifient…