Archives de catégorie : A lire ou à voir

Patrick Modiano, Prix Nobel de Littérature

Je me souviens d’une conférence de Carlos Fuentes à l’université de Stanford en 1989 ou 1990. L’écrivain mexicain y déclara que la littérature était devenue métissée. Je n’ai pas trouvé de trace de cette conférence, mais par contre des traces d’une conférence similaire.
carlosfuentes
“Our future depends on the freedom of the polycultural to express itself in a world of shifting, decaying and emerging power centers.” He talked about the voices in literature today – Third World writers such as Salman Rushdie and V. S. Naipul – whose works reflect a diverse world that is no longer bipolar in terms of power and culture. (« Notre avenir dépend de la liberté du polyculturel à s’exprimer dans un monde dont les centres du pouvoir se déplaçent, se décomposent et émergent ». Il parla des voix de la littérature d’aujourd’hui – des écrivains du tiers monde tels que Salman Rushdie et VS Naipul – dont les œuvres reflètent une diversité d’un monde qui n’est plus bipolaire en termes de puissance et de culture.)

J’avais pris mon courage à deux mains et fait la queue pour lui parler quelques instants. Je lui demandai quand mon tour arriva ce qu’il pensait de la littérature française. Il me dit en effet que dans la tendance du métissage global, elle était moins visible à l’exception de quelques auteurs tels que Michel Tournier et J.M.G Le Clézio. Il ne mentionna pas Patrick Modiano mais il aurait dû ! Rien n’est plus métissé que l’écriture de Modiano depuis La place de l’étoile jusqu’au très justement intitulé Un pedigree. Et rien ne vaut les avis les plus surprenants sur ce grand auteur que ceux de François Mitterrand et de Frédéric Mitterrand.

Frédéric Mitterand : « Il a reçu le prix Nobel parce que, à mon avis, il interroge la culpabilité occidentale d’une manière permanente sur le comportement des uns et des autres dans les périodes de totalitarisme, de cruauté, de maltraitance de la part de l’État. [… ]Il ne sait pas pourquoi des gens bien ont pu devenir collaborateurs et des salauds résistants et ce qui est peut-être la clé de la mélancolie et de la poésie profonde qui se dégage de ses livres c’est que précisément il ne sait pas. » (Minute 0:56 de la vidéo qui suit)

Quant à François Mitterrand, l’archive date de 1978 quand Bernard Pivot demanda à celui qui n’est pas encore Président de la République d’inviter quatre écrivains. Il invita entre autres Patrick Modiano et aussi Michel Tournier! À partir de la minute 56:10, on put écouter un échange étonnant… « Il y a une grande limpidité de style, qui peut faire illusion. Rue des boutiques obscures, c’est une histoire intéressante de quelqu’un qui, dans la recherche de lui-même – il est amnésique, il ne sait plus qui il est – tombe sur des familles russes, pittoresques… Mais ce n’est qu’une histoire. Et puis on arrive au bout […] et tout d’un coup on s’aperçoit que c’est pas une histoire simple, c’est pas une histoire limpide. […] On s’aperçoit qu’on est projeté dans une autre histoire, c’est que cet homme qui se cherche n’est pas simplement quelqu’un qui est amnésique – ou bien alors, nous sommes tous des amnésiques: qui sommes-nous? […] C’est un grand style classique français et puis on s’aperçoit ensuite qu’il y a du russe là-dessous. Ce sont des gens qui ont à parler comme Dostoïevski le ferait, mais dans le style de Stendhal ou d’un roman policier. »

Quand on sait les relations elles aussi ambiguës et loin d’être simples entre François Mitterrand et la seconde guerre mondiale, l’échange est étonnant. Je ne sais pas si Modiano avait été surpris de l’invitation. Il allait recevoir le Prix Goncourt quelques mois plus tard et le Prix Nobel quelques 25 ans plus tard…

PS: Fuentes et Tournier n’ont pas reçu le prix Nobel, contrairement à Le Clézio et Modiano. Si je devais parier, je dirais que la prochain écrivain français sur la liste pourrait être Michel Houellebecq.

PS2: j’ajouterai le lien à son discours à Stockholm pour son prix Nobel dès qu’il sera disponible.

L’importance et la difficulté de la culture dans les start-up : Google à nouveau …

Je confirme que je n’aime les livres commençant par « comment » ou ceux qui vous aident avec des recettes, des méthodes. Il y a des exceptions, mais j’ai en général beaucoup de mal – même chose avec l’audio ou la vidéo d’ailleurs. Même chose pour la culture. Qu’est-ce que c’est? Comment la construisez-vous? Voici un élément de la raison pour laquelle cela difficile pour moi, et pas pour moi seulement: «Il y a trois choses qu’on ne vous dit jamais sur la culture. La première chose est qu’on ne vous parle jamais de culture. Personne ne parle de culture et personne ne dit jamais la nécessité d’avoir une culture forte. Il y a des tonnes d’articles sur la construction d’un très bon produit, il y a des tonnes d’articles sur la croissance et l’adaptation, et très peu de choses sur la culture. C’est une chose mystique, souple et floue. Voilà le premier problème. Le deuxième problème est qu’elle est difficile à mesurer. Les choses qui sont difficiles à mesurer souvent sont sous-estimées. Cela fait déjà deux problèmes difficiles. La troisième chose, le plus gros problème, c’est qu’elle n’est pas un bon investissement à court terme. Si vous voulez lancer une entreprise et la vendre en un an, la seule chose que je voudrais vous dire de faire est d’oublier la culture. Embauchez rapidement les gens. La culture vous fait engager vraiment lentement, vous fait réfléchir à deux fois sur vos décisions et va ralentir les progrès. » Ceci est extrait du cours Comment démarrer une start-up et plus particulièrement de la classe 10 de Brian Chesky, fondateur de Airbnb.

Ceci étant dit, il y a un grand livre sur la culture d’entreprise. Il s’agit de How Google Works, que j’ai déjà mentionné dans un post récent, Retour aux premiers principes de l’entrepreneuriat. Permettez-moi donc d’en extraire quelques notes de lecture.

HowGoogleWorks-cover

Aucun vrai business plan
« Une des principales raisons de notre succès est que le plan que nous avons livré à notre board ce jour-là en 2003 n’avait pas grand chose d’un plan. Il n’y avait pas de projections financières ou de discussion sur les sources de revenus. Il n’y avait pas d’études de marché sur ce que les utilisateurs, les annonceurs, les partenaires voulaient ou comment ils se situaient dans des segments de marché bien définis. Il n’y avait pas de notion de recherche de marché ou de discussion sur les annonceurs à cibler en premier. Il n’y avait pas de stratégie de canal de vente ou de discussion sur la façon de vendre nos produits publicitaires. Il n’y avait pas de concept d’organigramme, avec les ventes faisant ceci, le produit faisant cela et l’ingénierie autre chose. Il n’y avait pas de feuille de route détaillant le produit que nous allions construire et quand. Il n’y avait pas de budget. Il n’y avait pas d’objectifs ou de jalons que le conseil d’administration et l’équipe de direction auraient pu utiliser pour surveiller nos progrès. […] Nous n’avions rien de cela pour la simple raison que nous ne savions pas comment nous allions faire. Quand il fut question de tactique et de gestion, la seule chose que nous pouvions dire avec certitude à l’époque était que beaucoup de ce que [nous] avions appris au cours du XXe siècle était faux, et qu’il était temps de recommencer. » [Page 10]

Des smart créatifs
« La principale raison de l’absence de plan d’affaires est que la population Google est faite de Smart Creative. Lorsque nous comparons le travailleur du savoir traditionnel avec les ingénieurs et autres personnes de talent qui nous ont entourés chez Google pendant la dernière décennie, nous voyons que nos pairs chez Google représentent un type d’employés tout à fait différents. Ils ne se limitent pas à des tâches spécifiques. Ils ne sont limités ni dans leur accès à l’information et ni dans la puissance de calcul de l’entreprise. Ils ne sont pas opposés à la prise de risque, ils ne sont pas punis ni freinés en aucune façon lorsque ces initiatives ne réussissent pas. Ils ne sont pas encerclés par les définitions de rôles ou les structures organisationnelles; en fait, ils sont encouragés à développer leur propres idées. Ils ne se taisent pas quand ils sont en désaccord avec quelque chose. Ils se lassent facilement et changent beaucoup d’activité. Ils sont multidimensionnels, combinant généralement la profondeur technique avec le sens des affaires et la créativité. En d’autres termes, ils ne sont pas des travailleurs du savoir, du moins pas dans le sens traditionnel. Ils sont un nouveau type d’animal, un type que nous appelons un « smart créatif », et ils sont la clé de la réussite du siècle de l’Internet. » [Page 17]

Les attributs-clés du Smart créatif: expert dans le faire, à l’aise avec des données, voit une ligne directe de l’expertise technique à l’excellence des produits jusqu’au succès de l’entreprise, travaille dur, comprend l’utilisateur ou le point de vue du consommateur, remet toujours en question, n’a pas peur d’échouer, autonome, ouvert, approfondi. Communicatif, désireux et capable.

Mentor
Quand ils ont appris tout cela, ils ont décidé d’écrire ce livre comme si ils étaient des mentors. Lew Platt, PDG de HP a expliqué pourquoi il avait investi beaucoup de temps pour aider un jeune cadre dans une autre entreprise: « Ceci est la façon dont fonctionne la Silicon Valley. Nous sommes là pour vous aider. » Steve Jobs a expliqué que Noyce lui avait fait découvrir les astuces. Schmidt ajoute « ce que vous apprenez une fois que vous savez tout est ce qui compte » et « nous étions en première ligne et l’avons utilisée à réapprendre tout ce que nous pensions savoir sur la gestion, à savoir comment faire grandir une entreprise, attirer et motiver les smart créatifs, ce qui commence avec la culture, puis la stratégie. Les plans d’affaires ne sont pas aussi importants que les piliers sur lesquels ils sont construits » [pages 21-23]. La culture vient des fondateurs, mais elle est mieux reflétée par l’équipe que les fondateurs attirent pour lancer leur entreprise. [Page 30]

Les slogans (croyez-y)
– Vivent les ruches
– Travailler, manger et vivre ensemble
– Le désordre est une vertu
– Ne pas écouter les hippopotames (*)
(plus loin, il y a « votre titre fait de vous un manager, vos équipes font de vous un leader »)
– La règle de sept (trop de hiérarchie n’est pas bonne mais son absence non plus)
– Réorganiser en ​​un jour
– La règle des deux Pizza de Bezos
– Exiler les coquins , mais se battre pour les divas
– Trop de travail dans le bon sens
– Mettre en place une culture du Oui
– Le plaisir, pas le Fun
– Vous devez porter quelque chose
– Ah’cha’rye
– Don’t be evil
(*): Hippos pour « Highest Paid Person’s Opinion »

La stratégie
Pariez sur les connaissances techniques, pas sur les études de marché
Ne cherchez pas des chevaux plus rapides
Optimiser pour la croissance
Spécialiser
Par défaut ouvert, pas fermé
Par défaut ouvert, sauf si …
Ne suivez pas la concurrence

Le CEO doit être le CIO (directeur de l’innovation).

Un des meilleurs chapitres est celui intitulé Innovation. « Pour nous, l’innovation implique à la fois la production et la mise en œuvre d’idées nouvelles et utiles. Comme « nouveau » est souvent juste un synonyme fantaisiste pour inventif, il faut aussi préciser que pour quelque chose fasse preuve d’innovation, il doit offrir des fonctionnalités inventives, et il doit aussi être surprenant. Si vos clients vous demandent quelque chose, vous n’êtes pas innovant quand vous leur donnez ce qu’ils veulent; vous êtes juste à l’écoute. Voilà une bonne chose de dite, mais ce n’est pas être novateur. Enfin «utile» est un adjectif plutôt décevant pour décrire cette innovation « chaude », nous allons donc ajouter un adverbe et dire radicalement utile. Voilà: pour qu’une chose fasse preuve d’innovation, elle doit être nouvelle, surprenante, et radicalement utile. » [Page 206]

[NB. Ce sont les 3 vrais critères de la brevetabilité : inventif, non évident et applicable]

« Mais Google ajoute également plus de cinq cents améliorations à son moteur recherche chaque année. Est-ce innovant? Ou incrémental? Elles sont nouvelles et surprenantes, bien sûr, mais si chacune d’elles par elle-même est utile, il est peut-être exagéré de dire radicalement utile. Mettez-les toutes ensemble, cependant, et elles le sont. […] Cette définition plus inclusive – l’innovation ne concerne pas seulement les choses vraiment nouvelles, les très grandes choses – est importante car elle offre à chacun la possibilité d’innover, plutôt que de la réserver au domaine exclusif de ces quelques personnes dans ce bâtiment hors campus [Google[x]] dont le travail est d’innover. » [Page 206]

Et l’innovation est essentielle: « Il y a quelques années, un grand cabinet de conseil a publié un rapport recommandant à toutes les entreprises de nommer un directeur de l’innovation. Pourquoi? Prétendument pour établir une « uniformité de commandement » sur tous les programmes d’innovation. Nous ne savons pas ce que cela signifie, mais nous sommes pratiquement sûrs que les termes «uniformité de commandement» et «innovation» n’appartiennent pas à la même phrase (à part celle que vous lisez actuellement). […] L’innovation résiste obstinément aux tactiques de gestion traditionnelles de style MBA. Contrairement à la plupart des autres choses dans les affaires, elle ne peut pas être détenue, mandatée, ou prévue. On ne doit pas dire quoi faire aux gens innovants, ils doivent être autorisés à le faire. [Page 209]

InnovationAtGoogle

Si vous ne voulez vraiment pas lire ce très bon livre, voici une alternative:

PS: un petit détail. La dernière section concerne les remerciements. C’est généralement ennuyeux, ici ce ne l’est pas. Juste parce qu’il y a plus de 7 pages avec plus de 100 noms mentionnés …

Silicon Valley : un capitalisme spécifique?

J’ai participé hier à l’émission Culturesmonde sur France Culture intitulée Des capitalismes (1/4) – Silicon valley: l’émancipation par l’argent. Je devais donner mon avis sur les spécificité du capitalisme de cette région. En-est il une version extrême ou unique? Est-ce une région idéologiquement marquée ou en fait indifférente au capitalisme?

FranceCultureMondes-SiliconValley

Le sujet est bien sûr riche et complexe car cette région de 7 millions de personnes est diverse, les opinions y sont aussi variées qu’ailleurs et le modèle économique s’est bâti sur plus de 50 ans, avec pour chaque décennie, une nouvelle génération d’entrepreneurs et d’investisseurs. Je vous laisse écouter l’émission qui invitait également Yann Moulier-Boutang, qui parla de « capitalisme cognitif » et Sébastien Caré, spécialiste du mouvement de pensée libertarien.

Un grand merci à Clémence Allezard qui a préparé l’émission, m’incitant à réfléchir sur cette région par un angle que j’avais rarement abordé 🙂

J’avais en effet pris quelques notes pour préparer cette émission. Les voici: La Silicon Valley est-elle un modèle de capitalisme ? Oui et non !

1- Oui parce que la région s’est bâtie avec beaucoup d’argent, avec du capital investi,
qui a contribué à une énorme création de richesses et d’emplois
et aussi comme l’a montré Picketty a beaucoup d’inégalités
et sans doute une augmentation de ces inégalités.
d’autant plus que l’impôt n’est pas vu comme une source nécessaire de redistribution.
(sur le sujet, il y a l’excellent article de la MIT Tech. Review: Technology and Inequality)

C’est aussi un capitalisme assez unique qui a créé le capital-risque, les stock options pour les employés et la co-opétition.

2-Non ce n’est pas un capitalisme, parce que l’objectif n’est pas de gagner de l’argent comme dans un système purement financier, comme la City à Londres et la SIlicon Valley n’a rien à voir avec la crise de 2008. La Silicon Valley, c’est un cluster technologique. Hollywood c’est le cluster du cinéma, ici en Suisse nous sommes la région de la montre. Depuis 1957, la Silicon Valley a permis l’émergence de l’électronique, de l’informatique, des ordinateurs et de l’internet. Mais aussi des bio-technologies. Ce sont avant tout des créateurs et comme partout, il faut de l’argent pour créer.

Et les investisseurs sont eux-mêmes d’anciens créateurs, comme Marc Andreessen, fondateur de Netscape ou Peter Thiel fondateur de Facebook qui sont les capitaux-risqueurs connus aujourd’hui dans cette région. Dans les années 70, ce sont Sequoia et Kleiner Perkins qui sont issus du monde de l’électronique des années 60.

3- La SV est une ruche avec des ouvrières qui sont les ingénieurs, il y a quelques reines (Jobs, Zuckerberg) et il y a beaucoup de pollinisations. Les abeilles vont de Google à Facebook et Twitter . Ce qui est étonnant c’est que aujourd’hui la SV explore l’énergie, le vieillissement, les transports et l’espace donc ce n’est pas que le monde immatériel.

4- Pourquoi elle est unique ? En Europe, nous n’avons pas eu ces start-up, les patrons se contentent de conserver et gérer la richesse à quelques exceptions de patrons créateurs comme Xavier Niel ou les fondateurs de Skype qui deviennent aujourd’hui investisseurs. Et auparavant, nos investisseurs étaient des purs financiers. C’est donc un capitalisme d’ingénieurs et d’entrepreneurs.

5- Évidemment les ingénieurs sont plus introvertis que les acteurs ou les créateurs de mode, et le rapport au monde et à la société est un peu biaisé. Ils fuient la politique et la société, ses compromis, ces négociations et trouvent des solutions pour eux-mêmes… mais il y a une vraie gêne sur le logement et les transports de la part des acteurs…

Une autre manière de le résumer: y-a-t-il une idéologie d’un capitalisme particulier dans la Silicon Valley? Je dirais que plutôt qu’une stratégie, il y a eu une pratique qui s’est mise en place sur des décennies, par itération, par essai et erreur. En définitive, la Silicon Valley c’est la rencontre des idées (les entrepreneurs, parfois chercheurs universitaires) et de l’argent (les investisseurs). Mais contrairement au reste du monde où les investisseurs sont des banquiers qui prêtent l’argent, là-bas, ce sont souvent d’anciens entrepreneurs qui « donnent » de l’argent (dans le sens où ils prennent le risque de ne pas le retrouver), en fait ils prennent des parts de la société (souvent de l’ordre de 50%). Ils ont littéralement inventé le capital-risque, qui a trouvé sa forme définitive dans les années 70-80. De plus les « stock-options » si décriées en Europe sont reconnues dans la SV comme une motivation. Des secrétaires chez Apple ou Microsoft sont parfois devenues millionnaires, chose impensable chez nous, en Europe. Je vous l’ai dit aussi, il y a un optimisme qui encourage la prise de risque. D’ailleurs, il n’y a pas vraiment de risque car la compétence permet de retrouver rapidement du travail. Le risque réside dans l’erreur possible quant au choix de projet et personne ne se ruine, normalement, si ce n’est la santé. Et comme le modèle fonctionne, il s’enrichit dans de nouveaux domaines au-delà dont l’électronique qui est sa racine, à travers la voiture électrique (Tesla Motors), l’espace (SpaceX) et même le food 2.0 (pour des aliments synthétiques). Et dernière frontière, le vieillissement, la mort, le trans-humanisme… ce qui me semble personnellement une folie, mais bon…

En post-scriptum, quelques réactions reçues sur la question… Je pense que la SV est plus diversifiée ces jours. Il y a les très vieux, comme Intel, Cisco, même Apple. Puis il y a des endroits comme Google et Facebook, qui font réellement quelque chose de précieux. Et puis il y a les startups des jeunes de 20 ans qui ne font pas grand chose, mais ont des valorisations mesurées en milliards. Je pense que la question doit être traitée différemment pour les différents groupes. Et il est important de ne pas regrouper Cisco avec, par exemple, WhatsApp ou Snapchat. Oui, je dirais que beaucoup d’entre eux sont indifférents à la politique voire légèrement intéressés, comme vous le dites. Pour certains (la plupart des VCs), le capitalisme est là-bas sur stéroïdes. (Ou du moins, ils aiment à se penser de cette façon, ils parlent tout le temps de «création de richesse», et faire en sorte que beaucoup de cette nouvelle richesse aille vers eux!)

Plus que du capitalisme, je pense que ce qui est concentré dans la SV est le talent, surtout le talent technique. la destruction créatrice résonne * très * fortement avec les gens ici; l’idée que la SV est une poignée d’enfants qui peut changer toute une industrie, ou même en créer une nouvelle. Ils n’y parviennent pas généralement, et parfois ils réussissent. Imaginer comment Steve Jobs ou les gars de Google auraient fait en Europe! Les gars de Google seraient allés voir les bibliothécaires et demandé comment aider à trouver l’information. Steve Jobs aurait fait des études marketing pour déterminer ce que les gens veulent. Ou peut-être il serait allé chez Siemens pour tenter de convaincre certains gestionnaire de haut niveau qu’un téléphone intelligent était une bonne idée. Bien entendu ce qui est arrivé est plus cool. Steve Jobs avait meilleur goût que tout le monde, alors il a fait des choses qu’il aimait, point. Et les gars de Google ont juste bâti un nouveau chemin, sans chercher l’approbation ou l’achat des bibliothécaires. En Europe, on commence en essayant d’obtenir l’appui d’un acteur pour utiliser leur produit / technologie, un processus long, ennuyeux et fastidieux.

Typiquement, une poignée d’étudiants de l’EPFL ne peut pas imaginer / croire qu’ils peuvent changer le monde. Les étudiants de Stanford (qui ne sont pas plus talentueux) le font. Donc, je pense que c’est surtout une différence culturelle, et non quelque chose qui a à voir avec le capitalisme.

Que faut-il préférer : la concurrence ou le monopole?

Deux événements mineurs me poussent à écrire un post ​​mineur sur le sujet de la concurrence et du monopole. Que faut-il préférer ? Je viens d’une part de lire un article sur le mauvais état du monde des brevets et comment l’améliorer . D’autre part, j’ai écouté hier Peter Thiel – oui, le même Peter Thiel j’ai si souvent déjà mentionné ici – dans une classe qu’il a donnée à How to Start a Startup? Alors, quel est le lien?

Eh bien un brevet est un monopole donné par les autorités comme une incitation à innover (vérifiez sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Brevet). Mais certains auteurs, en particulier Boldrin et Levine, prétendent que c’est un « mal non-nécessaire ». Je viens de lire à nouveau mes notes au sujet de leur Contre les monopoles intellectuels et leurs arguments sont solides. En fait, le capitalisme en général considère la concurrence comme bonne et le monopole comme mauvais.

Mais Peter Thiel a un point de vue différent. Il suffit de regarder deux slides de sa présentation ci-dessous. Peter Thiel, un libertaire célèbre, affirme que les start-up devraient rechercher des positions de monopole! Quel étrange paradoxe … Je ne sais vraiment pas qui a raison. Probablement, comme Boldrin et Levine l’ont écrit, « in media stat virtus, et sanitas ».

Thiel-perfectcompetition

Thiel-monopoly

Comme je n’ai pas trouvé son point de vue sur les brevets dans sa classe, j’ai essayé de trouver quelque chose dans son livre récent, Zero to One. Voici ce qu’il écrit (pages 32-34): « Donc, le monopole est bon pour tout le monde à l’intérieur, mais est-ce le caspour tout le monde à l’extérieur? Ces profits démesurés se font-ils au détriment du reste de la société? En fait, oui […] et les monopoles méritent leur mauvaise réputation – mais seulement dans un monde où rien ne change. […] Mais le monde dans lequel nous vivons est dynamique: il est possible d’inventer de nouvelles et de meilleures choses. Les « Monopoles Creatifs » offrent aux clients plus de choix en ajoutant de toutes nouvelles catégories d’abondance dans le monde. Même l’État le sait: c’est pourquoi l’un de ses départements met tout en œuvre pour créer des monopoles – en accordant des brevets à de nouvelles inventions = même si une autre partie les traque (en poursuivant les affaires antitrust). Il est possible de se demander si quiconque devrait vraiment se voir attribuer un monopole – juridiquement reconnu – simplement pour avoir été le premier à penser à quelque chose comme un logiciel mobile, mais … […] Le monopoles stimule le progrès parce que la promesse d’années, voire de décennies, de profits de monopole fournit une puissante incitation à innover. [.. .] Alors, pourquoi les économistes sont-ils obsédés par la concurrence comme un idéal? C’est une relique de l’histoire ».

Peut-être que tout cela est complétement faux, et malheureusement, je n’ai jamais lu Jean Tirole. « Il a reçu le prix Nobel en sciences économiques en 2014 pour son analyse du pouvoir du marché et de la réglementation des monopoles naturels et oligopole. » Il aurait beaucoup à dire à ce sujet … peut-être pourrez vous réagir et en attendant, vous pouvez écouter la présentation de Thiel (à la fin).

Dans cette video, Peter Thiel a une autre description intéressante sur la capture de la création de valeur. « Si vous avez une entreprise créant de la valeur deux choses sont vraies. Numéro un, elle crée « X » dollars de valeur pour le monde. Numéro deux, vous capturez « Y » pour cent de « X » Et la chose essentielle que je pense que les gens oublient toujours dans ce genre d’analyse est que « X » et « Y » sont des variables totalement indépendantes, et si « X » peut être très grand et « Y » peut être très petit. « X » peut être une taille intermédiaire et si « Y » est assez grand, vous pouvez toujours avoir une très grande entreprise. » [commentaire personnel: Le « Vous » ici peut être l’inventeur ou l’entrepreneur, ou l’université à l’origine de l’idée …]

Et puis: « La chose que je pense que les gens oubleint toujours quand ils pensent à ces choses, c’est que parce que « X » et « Y » sont des variables indépendantes, certaines de ces choses peuvent être des innovations de grande valeur, mais les gens qui les inventent peuvent ne pas être récompensées pour cela. Certes, si vous revenez à vous devez créer X dollars en valeur et vous capturez Y pour cent de X, je dirais que l’histoire des sciences a été généralement celle où Y est zéro pour cent dans l’ensemble, les scientifiques ne font jamais d’argent. Ils se sont toujours trompés en pensant qu’ils vivent dans un univers juste qui les récompensent de leur travail et de leurs inventions. C’est probablement l’illusion fondamentale que les scientifiques ont tendance à reprocher à notre société. Même dans la technologie il y a quelques domaines où il y a eu de grandes innovations qui ont créé une valeur considérable pour la société, mais des gens n’ont pas capturé une grande partie de la valeur. Donc, je pense qu’il y a toute une histoire de la science et de la technologie qui peut être vue du point de vue de la valeur effectivement capturée. Certes, il y a des secteurs entiers où les gens ne captent rien. Vous êtes le plus intelligent physicien du XXe siècle, vous découvrez la relativité restreinte, vous découvrez la relativité générale, vous ne serez pas milliardaire, vous vous ne serez même pas millionnaire. Le monde ne fonctionne pas de cette façon. Les chemins de fer ont été extrêmement précieux, ils ont surtout fait faillite parce qu’il y avait trop de concurrence. Les frères Wright font voler le premier avion, et ne font pas d’argent. Donc, je pense qu’il s’agit d’une structure liée à ces industries et que c’est très important. Je pense que la chose qui est en fait rare est les cas de réussite. Donc, si vous réfléchissez vraiment à l’histoire dans ce domaine de ces 250 dernières années, c’est presque toujours zéro pour cent, c’est toujours zéro dans la science, et presque toujours dans la technologie. Il est très rare que les gens gagnent de l’argent. Vous savez à la fin du XVIIIe, début du XIXe siècle, la première révolution industrielle était les usines de textile, vous avez la machine à vapeur, ce genre de choses automatisées. Vous avez eu ces améliorations incessantes permettant d’accroître le rendement des usines de textiles, de la fabrication en général, à un rythme de cinq à sept pour cent chaque année, année après année, décennie après décennie. Vous avez eu soixante, soixante dix années d’amélioration considérable de 1780 à 1850. Même en 1850, la plupart de la richesse en Grande-Bretagne était encore détenue par l’aristocratie terrienne et les travailleurs n’ont pas fait tant que ça. Les capitalistes n’ont pas fait beaucoup non plus, cela est allé ailleurs. Il y avait des centaines de gens qui dirigent les usines textiles, c’était un secteur où la structure de la concurrence a empêché les gens de faire de l’argent ».

Merci de réagir 🙂

Aux confins de la recherche – l’univers et le cerveau – et comment fonctionne la science?

Je viens de lire deux livres étonnants, qui à première vue ne semblent pas avoir grand chose en commun, et pourtant… Le premier est Time Reborn de Lee Smolin. Le second est en Touching a Nerve par Patricia Churchland.

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Attention Newton, Leibniz (et pas seulement Einstein) est de retour !

Lee Smolin revisite les défis actuels de la physique de l’univers – l’incompatibilité de la relativité générale et la physique quantique – et tente d’apporter de nouvelles idées, comme une réflexion sur ce qu’est le Temps. Ce n’est pas un livre difficile, mais il est si riche en idées, que je ne suis pas sûr ce qui est le plus important. Son idée principale est que le temps est un concept essentiel. Par exemple, les lois de la physique pourraient évoluer au fil du temps. Il croit aussi que la philosophie de Leibniz est très utile pour comprendre l’univers. [Ce que j’avais retenu de Leibniz est la critique de Voltaire dans Candide, avec le récurrent « meilleur des mondes possibles« ]. Permettez-moi de citer Smolin: « l’image de l’histoire de l’univers donnée par les relations causales réalise le rêve de Leibniz d’un univers où le temps est défini complètement par les relations entre les événements. Les relations sont la seule réalité qui correspond au temps. » [Page 58, édition Penguin 2014]

Il y a quelque chose d’aussi stimulant: « Le principe de Leibniz a des conséquences qui devraient contraindre une théorie cosmologique. L’une est qu’il de devrait rien y avoir dans l’univers qui agisse sur ​​d’autres choses sans être lui-même touché. » [Page 116] C’est le principe d’impossibilité d’action sans réaction. J’avais appris cela quand j’avais été choqué de comprendre que la terre me retient et m’empêche de voler, mais que j’attire également la terre. Avec Einstein, la matière modifie l’espace. Donc suivant le même principe, si les lois agissent sur l’univers et ses composants, alors que l’inverse est vrai. Les lois peuvent évoluer et Smolin pense que cela se fait selon une loi darwinienne de sélection naturelle.

Smolin conclut son livre sur des considérations plus générales sur la science et la société, qui sont aussi très intéressantes. J’avais déjà mentionné ici son précédent livre Rien ne va plus en physique. Son point de vue sur la science n’est pas original mais il est convaincant. Par exemple, «pour être scientifique, les hypothèses doivent suggérer des observations par lesquelles elles pourraient être vérifiées ou falsifiés» [Page 247] et il déteste certains aspects de la politique de la science. La vérité est l’objectif ultime même si inaccessible . « Les communautés scientifiques et plus largement les sociétés démocratiques à partir desquelles elles ont évolué, progressent parce que leur travail est basé sur deux principes de base:
(1) lorsque l’argument rationnel de la preuve suffit à trancher une question, elle doit être considéré comme résolue,
(2) lorsque l’argument rationnel de la preuve ne suffit pas à trancher une question, la communauté doit encourager un large éventail de points de vue et hypothèses compatibles avec une tentative de bonne foi de développer une preuve convaincante ».
[Page 248]

Et je terminerai par une dernière citation de Smolin : « Nous avons besoin d’une nouvelle philosophie, qui prévoit la fusion du naturel et de l’artificiel par la réalisation d’une conciliation des sciences naturelles et sociales, dans laquelle l’action humaine a toute sa place dans la nature. Ce n’est pas du relativisme, où tout ce que nous voulons être vrai peut l’être. Pour survivre au défi du changement climatique, ce qui est vrai importe beaucoup. Nous devons aussi rejeter à la fois la notion moderniste que la vérité et la beauté sont déterminés par des critères formels et la rébellion postmoderne selon laquelle la réalité et l’éthique sont de simples constructions sociales. Ce qui est nécessaire est un relationalisme, selon lequel l’avenir est limité par, mais n’est pas déterminé par, le présent, de sorte que la nouveauté et l’invention sont possibles ». [p 257]

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Comme transition vers le cerveau, je triche ici et cite Smolin une dernière fois (promis!) «Par le problème de la conscience, je veux dire que si je vous décris dans toutes les langues que les sciences physiques et biologiques mettent à notre disposition, je laisse quelque chose hors de portée. Votre cerveau est un réseau vaste et fortement interconnecté d’environ 100 milliards de cellules, dont chacune est elle-même un système complexe fonctionnant avec des chaînes contrôlées de réactions chimiques. Je pourrais décrire cela dans autant de détails que je voudrais, et je n’aurais jamais expliqué le fait que vous avez une expérience intérieure, un courant de conscience. Si je ne sais pas, en raison de mon propre expérience, que je suis conscient, ma connaissance de votre processus neuronal ne me donne aucune raison de soupçonner que vous êtes. […] Supposons que nous avons cartographié les circuits neuronaux dans le cerveau sur des puces de silicium et téléchargé votre cerveau dans un ordinateur, est-ce que l’ordinateur sera conscient? [… ] Y aurait-il maintenant deux êtres conscients avec vos souvenirs dont les futurs vont à partir de là diverger. » [pages 268-69]

Patricia Churland commence son livre avec les «craintes» que la recherche scientifique génère quand vous êtes à la frontière. «Je déteste le cerveau, je déteste le cerveau » est ce qu’un philosophe a dit lors d’une conférence, peut-être pour expliquer son malaise sur l’importance de la biologie pour expliquer les processus de l’esprit. Churchland ajoute que découvrir que la terre n’est pas le centre de l’univers, ou le cœur est juste une pompe a eu des résultats semblables dans la société: la peur et le déni. Mais Churchland n’a pas peur de la connaissance et du progrès. « Mon role est d’enseigner à mes aspirations à se conformer à la réalité, et non pas d’essayer de mettre les faits en harmonie avec mes aspirations. »

A la fin de son livre [page 240] elle aborde le sujet de la conscience:
Vers 1989, le psychologue Bernard Baars a proposé un cadre pour la recherche sur la conscience en vue de favoriser une coévolution de la psychologie et de la neurobiologie.
Premièrement, […] les signaux sensoriels dont vous êtes conscient sont fortement intégrés et traités à haut niveau par des réseaux cérébraux de niveau inférieur (inconscients). Autrement dit, lorsque vous entendez [quelque chose], vous n’êtes pas conscient d’abord d’une série de sons, ensuite conscient de trouver comment ces morceaux se transforment en suite de mots, puis conscient de comprendre ce que signifie les mots, enfin conscient de mettre tout cela ensemble pour comprendre le sens de la phrase. Vous entendez; vous êtes conscient de ce que cela veut dire.
Deuxièmement, les informations stockées concernant [l’évènement] sont soudainement consciemment disponibles pour vous aider à décider quoi faire dans cette situation nouvelle. Cela signifie qu’il doit y avoir intégration des signaux sensoriels avec un fond pertinent de connaissance – avec les informations stockées.
Le troisième point important est que la conscience a une capacité limitée. Vous ne pouvez pas suivre deux conversations à la fois, vous ne pouvez pas en même temps faire une longue division mentalement et faire attention à des tourbillons dangereux dans une rivière impétueuse. Lorsque nous pensons que nous sommes « multi-tâche », nous sommes probablement en train de modifier notre attention en va-et-vient entre deux, voire trois tâches, que nous maitrisons bien individuellement et que l’on sait pouvoir effectuer avec une vigilance mineure.
Quatrièmement, la nouveauté dans une situation appelle à la conscience et à l’attention consciente. Si vous vous battez contre un feu de grange, vous devez être alerte et vigilant. Par contre, si vous êtes un trayeur de vache expérimenté, vous pouvez traire la vache et pouvez faire attention à autre chose.
Cinquièmement, l’information qui est consciente peut être consultée par de nombreuses autres fonctions du cerveau, telles que la planification, la décision et l’action. L’information peut être consultée par les zones de la parole afin que vous puissiez en parler. Les informations conscientes restent « sur le devant de la scène », pour ainsi dire, c’est-à-dire que l’information est disponible pendant quelques minutes dans la mémoire afin que vos décisions soient cohérentes. La disponibilité généralisée d’un événement conscient était une hypothèse que Baars a proposée, pas un fait établi, mais cela semble tout à fait plausible et a provoqué d’autres questionnements, tels que la régulation de l’accès et l’étendue des fonctions auxquelles on peut avoir accès.
Aucune de ces cinq caractéristiques n’est un révolution en soi, mais notez que, collectivement, elles donnent un cadre raisonnable et assez puissant pour guider la recherche dans d’autres domaines, tels que la façon dont l’information est intégrée et rendue cohérente dans notre expérience. Sagement, Baars éviter d’essayer d’identifier l’essence de la conscience, se rendant compte que les essences sont une manière démodée de penser des phénomènes, qui entravent des progrès réels. Cela contraste avec l’approche privilégiée par certains philosophes, par laquelle ils ont essayé d’identifier la propriété définissant la conscience, comme auto-référentiellement, i.e. savoir ce que vous savez que vous sentez une démangeaison ou une douleur.

Mais entre-temps, vous pourrez également en apprendre davantage sur le rôle de l’ADN et des gènes; des protéines et des hormones et d’autres molécules telles que les androgènes, le cortisol, la dihydrotestostérone, la dopamine, l’estradiol, l’estrogène, la mélatonine, l’oxyde nitrique synthase, la noradrénaline, l’ocytocine, la sérotonine, la testostérone, la vasopressine; et les multiples modules et sous-ensembles de notre cerveau.

Les deux auteurs, Smolin et Churchland ont le plus grand respect pour la recherche et les chercheurs scientifiques en quête de vérité. Juste pour cette raison, vous devriez les lire!

L’Université de Stanford, le lieu où l’optimisme se mèle à l’empathie

Les gens qui me connaissent pourraient bien être fatigués de mon enthousiasme à propos de l’Université de Stanford. Mes enfants se moquent de moi, et même certains de mes anciens professeurs! Pourtant, souvent, quand j’entends quelque chose à propos de Stanford, cela me rappelle le bon vieux temps. Mais pas seulement. Stanford regarde la plupart du temps vers l’avenir! Je lisais hier soir, le Stanford Magazine et ai été attiré par deux articles qui illustrent ma nostalgie (et d’une certaine manière, l’EPFL a des caractéristiques similaires aujourd’hui):

– Stanford et la Silicon Valley ne sont pas connues pour leur intérêt pour l’art. Cependant, l’université va ouvrir une nouvelle galerie d’art (près des sculptures de Rodin) sur son campus, montrant une importante collection d’art moderne privé de la famille Anderson. Plus sur la collection d’une vie.

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le nouveau bâtiment de la Anderson Collection sur le campus de l’université de Stanford

– L’éditorial de son Président dit également des choses très vraies, comme « on me demande souvent ce qui distingue Stanford des autres universités. L’esprit d’entreprise de l’université est certainement une caractéristique distinctive. Mais il est un autre élément essentiel: le désir de rendre le monde meilleur pour les autres. » Encore une fois, on peut en rire, mais je vous invite vraiment à lire « Optimism Meets Empathy » de John Hennessy.

John Hennessy
John Hennessy

J’en ai fait une rapide traduction:

On me demande souvent ce qui distingue Stanford des autres universités. L’esprit d’entreprise de l’université est certainement une caractéristique distinctive. Mais il est un autre élément essentiel: le désir de rendre le monde meilleur pour les autres.

Dans un discours très émouvant lors du « Commencement » (remise des diplômes) cette année, les philanthropes Bill et Melinda Gates ont défini l’esprit de Stanford de cette façon: « c’est l’optimisme Il y a un sentiment contagieux ici que l’innovation peut résoudre presque tous les problèmes….. » Mais d’ajouter: «Si nous avons l’optimisme, mais pas l’empathie alors il n’est pas d’important de maîtriser les secrets de la science, nous ne pouvons pas vraiment résoudre les problèmes, nous sommes en train de travailler sur des devinettes.  » Ce fut l’un des plus beaux discours de Commencement que j’ai entendu -pragmatiques et plein d’espoir, émouvant et détaillé, je vous encourage à le lire ou l’écouter en ligne. [N’oubliez pas celui de Jobs en 2005 ! – HL]

Les Gates partagent l’optimisme de Stanford, et, à travers leur fondation, ils travaillent à améliorer la santé dans les régions les plus pauvres du monde. Par exemple, Bill a dit avoir été profondément affecté en Afrique du Sud par les patients atteints de tuberculose multi-résistante. «Cette année, nous entrons dans la troisième phase d’un nouveau régime antituberculeux. Pour les patients qui répondent, au lieu d’un taux de guérison de 50 pour cent après 18 mois pour $2000, nous pourrions obtenir un taux de guérison de 80 à 90 pour cent après six mois pour les moins de $100. » Melinda a parlé du chagrin de voir des femmes qui meurent du sida, souvent sans traitement. A la fin de leur discours, je me suis dit que notre monde a la chance d’avoir ces deux personnes incroyables tout investis à l’idée que «chaque vie a la même valeur. »

Le désir de «promouvoir le bien-être public» est un principe fondamental à Stanford et une pierre angulaire de l’esprit de Stanford. Comme je le disais au commencement, cette année marque le 50e anniversaire de la mort d’un ancien élève qui a illustré cet esprit. Herbert Clark Hoover – ingénieur, entrepreneur, humanitaire et le 31e président des États-Unis – était un membre de la Pioneer Class de Stanford. Orphelin à l’âge de 9 ans, Hoover vivait avec son oncle dans l’Oregon où il a entendu parler d’une nouvelle université qui enseignait l’ingénierie et était, à l’époque, sans frais de scolarité. À Stanford, il a rencontré Lou Henry, notre première diplômée en géologie (1898) et la future épouse de Hoover.

Après leurs études, le couple a beaucoup voyagé pour la carrière de Hoover. Lorsque la Première Guerre mondiale a commencé, ils étaient à Londres. Avec beaucoup d’Américains bloqués en Europe, Hoover a commencé à mettre son expertise au service de problèmes humanitaires, afin d’aider plus de 120’000 personnes à retrouver leur foyer. Peu de temps après, il s’est attaqué à l’aide alimentaire belge. Avec une grande partie de la Belgique détruite et occupée par les armées des deux côtés, beaucoup ont considéré la logistique des denrées alimentaires comme un problème insoluble. Mais Hoover a convaincu les deux parties de laisser le Comité de secours de la Belgique de faire son travail, et il a dirigé l’effort de trouver plus de 1 milliard de dollars pour nourrir 11 millions de personnes.

Après la guerre, il a poursuivi ses efforts, dirigeant l’American Relief Administration pour nourrir 300 millions de personnes dans 21 pays. Quand certains se sont opposés à fournir des secours pendant la famine russe de 1921, il n’admit pas l’argument: «Vingt millions de personnes souffrent de la faim; quelle que soit leur politique, ils doivent être nourris. » Cela est resté l’un des plus grands efforts de secours alimentaire de tous les temps.

Hoover est connu mondialement comme le « grand humanitaire », un homme qui pouvait résoudre les problèmes mondiaux. Bien que l’effondrement du marché boursier et la dépression qui suivit peu de temps après son élection comme président des États-Unis a changé la façon dont on se souvient de lui, ses nombreux efforts humanitaires, pour lesquels il n’a jamais reçu un seul centime en compensation, furent probablement ses plus beaux cadeaux au monde.

L’engagement pour un monde meilleur et l’optimisme pour trouver des solutions, même pour des problèmes très difficiles, ont motivé Herbert Hoover il y a des décennies, tout comme ils motivent Bill et Melinda Gates. J’espère que même esprit inspire nos diplômés à contribuer un monde meilleur.

Bruxelles et le street art de Space Invader

Deux articles ce soir sur mon blog. Un sérieux à venir sur la critique de l’innovation de rupture et un tout aussi important sur le street art. Hier il y avait à Bruxelles un magnifique meeting d’athlétisme où deux sauteurs en hauteur se sont envolés de plus en plus haut, jusqu’à tenter en vain le record du monde à …2,46m. C’était magnifique à voir. C’était l’occasion rêvée pour montrer le travail d’Invader à Bruxelles en mars 2012.

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Voici le fichier pdf: Space Invader à Bruxelles. Il n’a évidemment pas manqué de rendre hommage au symbole de la ville!

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Encore de l’art urbain: Space Invader à Grenoble

L’art urbain – le Street Art – est une étrange combinaison de références à l’art bien sûr, mais aussi à la sociologie, à la politique et à l’économie. C’est peut-être la raison pour laquelle je me suis intéressé au phénomène et à en parler ici, dans un blog lié aux start-up qui sont également une combinaison étrange de création, de politique sociale et d’économie. Les deux reconsidèrent le monde établi, les institutions. Le Street Art interfère avec la propriété privée et envahit des lieux, qu’il n’est pas autorisé à toucher en théorie. Le Street Art revisite le consumérisme et le capitalisme d’une manière très intéressante. Et finalement, il est devenu une partie du consumérisme, du capitalisme et le monde de l’art établi. Dans un sens, c’est exactement la même chose avec les start-up. Celles qui réussissent deviennent une partie de l’économie en place. En outre, les deux ont été initiés sans un objectif clair. L’ordinateur, l’Internet étaient presque aussi « inutiles » que l’art urbain dans leurs premières années. Dans l’image suivante, estil simple de séparer ce qui est du domaine de la publicité et de l’art?

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Peu importe. Je continue mes visites virtuelles et réelles des artistes de rue avec Space Invader à Grenoble en 1999. Comme vous pouvez l’imaginer, il ne reste pas grand-chose, mais il y a encore beaucoup d’images en ligne! Ci-joint ma compilation au format pdf de l’Invasion de Grenoble par Space Invader.

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PS: vous pouvez trouver mes compilations de Banksy à New York, les belles mosaïques-miroir de Pully et les invasions de Lausanne, Genève, Berne, Bâle, et Tokyo avec le tag Art Urbain.

Space Invader à Tokyo

L’été n’est pas la saison des start-up, les nouvelles sont plutôt maigres, à l’exception peut-être de l’IPO de GoPro. J’utilise aussi ce blog pour parler de temps en temps d’art urbain et en particulier de Space Invader. J’ai aussi découvert qu’un moyen indirect de découvrir une ville, physiquement ou virtuellement, est de partir à la recherche de ces œuvres éphémères.

SpaceInvaderTokyo

La Japon ayant toujours été pour moi lieu d’attraction, je me suis intéressé à ce que l’Artiste y avait accompli. On trouve des dizaines de photographies en ligne, quelques cartes, J’ai donc fait mon propre travail de synthèse au format pdf (en grande partie grâce au travail de Toruteam). [D’autres exemples de fans de SI à Tokyo incluent Nalice_Malice ou True2death.]

Voici une version récente (mai 2015) de mon pdf avec plus d’information…

Il me reste à faire la découverte réelle… Dernier sujet, Invader vient de lancer son application pour smart phone, Flash Invaders. C’est peut-être ce léger argument qui me fera changer de device!

flashinvaders